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Interview conduite par le journaliste/présentateur Christophe Hondelatte, le Jeudi 09 septembre 2004.
CH : Monsieur Albert Jacquard, si je vous ai demandé de venir, à la fin de ce 13heures, passer ces 5 minutes avec nous, c’est parce que j’ai découvert que vous étiez le président d’honneur du CRAC, et le CRAC c’est le Comité Radicalement Anti Corrida. Qu’est ce que vous faites dans ce combat, vous qu’on voit d’habitude auprès des humains les plus faibles... Pas des taureaux ?
AJ : Oh, parce que c’est symbolique. Au fond, comment peut-on justifier de transformer en un spectacle, la souffrance et la mort d’un animal, que ce soit un taureau ou même un humain ? Vraiment, c’est invraisemblable, cette banalisation de la violence me semble très grave parce qu’elle va entraîner la justification peu à peu de toutes les violences. Finalement ce que vous avez montré comme horreurs, parce que c’est l’horreur aujourd’hui... La cause première, c’est quoi ? C’est le désir de chaque être humain de l’emporter sur l’autre. D’être violent par rapport à l’autre et je crois que c’est le contraire même de la lucidité. Comment peut-on devenir un humain ? Il faut partir de cette idée que l’on ne naît pas Homme, on le devient, et, comment devient-on Homme ? Comment devient-on un humain ? En rencontrant les autres. Et par conséquent, tout est important dans les rencontres. Or, on a transformé les rencontres en bataille, en violence.
CH : Vous nous dites que la corrida, c’est le signe de l’oubli de ce qu’est la beauté de l’Homme ?
AJ : C’est le signe d’un désir... très pervers... de transformer la violence en plaisir, car, au fond, tous ces gens qui viennent et dépensent de l’argent pour voir un taureau sacrifié... C’est monstrueux ! ils n’osent pas ce le dire à eux-mêmes, alors, ils se mettent à l’abri derrière de vielles traditions...
CH : J’allais vous objecter la tradition. Bon, c’est l’argument : "ça a toujours existé", "c’est une culture".
AJ : Ce n’est pas vrai, ca n’a pas toujours existé ! Ça existe depuis un siècle ou deux. Et il y a des quantités de choses qui ont existé, il y a très longtemps. On pourrait aussi, au Colisée, ramener beaucoup de gens en leur disant : on va prendre une douzaine de vierges chrétiennes et, on va les faire bouffer par des lions. Ça serait beau à voir ?
CH : Non
AJ : Ca serait une tradition. Est ce que c’est justifié ?
CH : Euh, pour être franc avec vous, moi je vais aux corridas... et, euh...
AJ : J’y suis allé...
CH : Ah, bon, vous y etes allé ?
AJ : J’y suis allé. J’étais jeune. J’avais pas réfléchis et j’ai même...
CH : Pris du plaisir ?
AJ : Non...
CH : Ah ! si si...si !
AJ : Non, non. Je crois que j’avais un peu honte quand même. Et je crois que maintenant, j’aurais encore plus honte. Et je pense qu’il faut lutter contre parce que, encore une fois, c’est pas l’événement en lui-même. Qu’est ce qu’une corrida par rapport à toutes les horreurs que vous avez montrées ? Mais c’est vraiment symbolique. Et par conséquent, au nom du symbole, disons aux gens : bien sur de temps en temps il faut être violent ,mais il ne faut pas être cruel. La cruauté n’existe pas dans la nature. L’animal n’est pas cruel. Il fait ce qu’il a à faire. Le lion mange la gazelle, c’est pas par cruauté. C’est par nécessité. C’est nous, les hommes, qui pouvons inventer la cruauté...
CH : Qu’est ce que vous dites à tous les gens qui vont aller à la corrida en Arles, parce qu’il y a la feria d’Arles, vendredi, samedi et dimanche qui arrive ? Et le week-end d’après c’est à Nîmes....aux vendanges ?
AJ : Est ce qu’ils n’auraient pas honte ...vraiment, de regarder un taureau souffrir ? Pourquoi le faire souffrir ? Pourquoi le mettre à mort devant des quantités de gens qui se régalent à voir cela ? Véritablement, il faut leur dire : est ce que vous allez avec vos enfants ? Est-ce que vous osez dire à vos enfants que c’est un beau spectacle ? Que c’est comme qu’il faut vivre ? qu’un être humain est capable de faire mal... Exprès... POUR RIEN !
CH : Dans votre mouvement, le CRAC, il y a une députée, qui s’appelle Marland-Militello,, qui a déposé un amendement à l’Assemblée Nationale, qui a réuni 36 députés, mais en face, il y a 55 députés soutenus par le maire de Bayonne...place de corrida, s’il en est...euh...c’est perdu, quoi ?
AJ : Non, c’est pas perdu ! Il faut lutter, lutter et le dire. Faire réfléchir, montrer aux gens en quoi ça consiste. Je crois que l’on ne voit pas assez... un film qui a été tourné par les gens du CRAC et qui montre tout ce qui arrive à un taureau. Il est préparé. Il est abîmé. On le fait souffrir autant qu’on peut...vraiment, c’est ignoble.
CH : Merci Albert Jacquard
Le Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC) : www.anticorrida.com.
Interview with Albert Jacquard regarding Bullfighting as Broadcast on French TV station, France2, on 9th September 2004
Interview conducted by Journalist/Presenter, Christophe Hondelatte
Translation by Rebecca Palmer
CH : Mr Jacquard, I asked you to come here to spend 5 minutes with us today because I discovered that you are Patron of CRAC “Committee Radically Anti-Corrida (bullfighting)”. What kind of things do you do for your cause, as we normally associate you with helping humans rather than bulls ?
AJ : Oh well that’s symbolic. Fundamentally, how can we justify turning the suffering and death of an animal into a show, whether that animal is a bull or a human ? In reality, they are one and the same. I feel that the overexposure of such violence is a very serious thing because bit by bit it justifies all kinds of violence. At the end there you showed these things as if they were “horrific”, and that’s because they are indeed “horrors” of today. What is the primary cause of this ? It’s the desire of every human being to impose its will on another, and to act violently towards the other being - and that’s just crazy. How can we become human ? We have to give up the idea that we aren’t born Man, but become it. And how do we become Man ? How do we become a human ? By meeting other humans. Consequently everything about these ‘meetings’ is important. We have turned meetings into battles or violence.
CH : So you’re saying that bullfighting is a sign that we have forgotten the beauty of Man ?
AJ : It’s the sign of a perverse desire to transform violence into pleasure, as essentially all these people come and spend their money on seeing a bull sacrificed...It’s monstrous ! They wouldn’t dare admit that to each other so instead they hide behind the view that it’s tradition.
CH : I was going to bring up tradition...Well, the argument is “We’ve always done this” and that “It’s our culture”.
AJ : That isn’t true, and it hasn’t always been this way ! It has only been around for one or two centuries. And anyway, there are plenty of things that existed a long time ago. We could also gather up loads of people at the Coliseum and say that we’re going to take a dozen Christian virgins and will watch them get killed by lions. Would you like to watch that ?
CH : No.
AJ : That was a tradition. Should that be allowed ?
CH : Well...to be honest with you I go to bullfights..and, umn...
AJ : I have been to one.
CH : Ahh you’ve been there ?
AJ : I went. I was young. I hadn’t thought about it before I went and I even..
CH : Enjoyed it ?
AJ : No...
CH : Ah, I bet you did !
AJ : Not at all. I think I felt a bit ashamed. And I believe that if I went now I would feel even more ashamed. We have to fight against it because, again, it’s not about the event itself. After all, what is a bullfight compared to all the other horrors that you have shown on your programme today ? But it is really symbolic, and as such, let’s say to people, “Of course we have to be violent now and then but we must not be cruel”. Cruelty doesn’t exist in nature. Animals are not cruel. They do what they have to do. The lion eats the gazelle. It’s not out of cruelty, but necessity. It is we humans who invented cruelty.
CH : What would you say to all those people who intend to go to the bullfights in Arles, the Arles Fair is taking place this coming Friday, Saturday and Sunday, and the weekend after it’s in Nîmes during the grape harvest ?
AJ : Wouldn’t they feel ashamed watching a bull suffer ? Why make it suffer ? Why sentence it to death in front of lots of people who get pleasure from watching that kind of thing ? In honesty, we have to ask them : Are you going with your children ? Would you dare tell your children that it’s a nice thing to watch, that this is the way we should live our lives and that a human being is capable of doing horrible things...on purpose...and for no reason ?
CH : Your organisation, CRAC, includes a deputy in the National Assembly called Marland-Militello, who proposed an amendment and got 36 other members to support it, but on the face of it there were 55 other members supported by the Mayor of Bayonne (a bullfighting district). If this is true, is it all over ?
AJ : No, the battle hasn’t been lost ! We have to fight ! Fight and tell everyone it is not over. We have to make people think and to inform what this is all about. I don’t think that enough people have seen the film made by CRAC that uncovers everything that happens to a bull. He is primed. And he is deliberately weakened. They make him suffer as much as possible...it’s absolutely awful.
CH : Thank you Albert Jacquard.
Le Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC) : www.anticorrida.com
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