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Date de publication : 22/10/02 - The Ecologist Auteur : Andrew Kimbrell - Traduit par Virginie Jardin
Pour conclure sur cette adaptation de Fatal Harvest : the Tragedy of Industrial Agriculture , The Ecologist révèle comment l’agriculture industrielle contamine notre nourriture à l’aide de pesticides et de dangereuses bactéries.
L’allée d’un supermarché moderne offre l’illusion parfaite d’une nourriture saine. L’uniformité est un label. Des dizaines de pommes sont à l’étalage, lustrées et polies de façon à revêtir un éclat uniforme. Très peu si ce n’est aucunes de ces pommes comportent la moindre éraflure, petite bosse ou autre trait distinctif. Juste à côté sont empilées des pyramides d’oranges, toutes teintées de la même couleur pour bien mettre en relief l’impression qu’elles sont mûres à point. Un client s’arrêtera peut-être pour comparer deux cœurs de laitues quasiment identiques sous cellophane, comme s’il essayait de différencier un être de son frère jumeau. Ailleurs, d’un bout à l’autre du magasin, des plats cuisinés s’étalent de toute part, sur des étagères parfaitement espacées ; leurs conserves, leurs pots et leurs boîtes, brillants et attrayants arborent les photographies colorées d’une nourriture extrêmement bien préparée et présentée. Rien n’a l’air menaçant, tout paraît sûr et même bon pour vous.
Mais comme avec tous les mythes de l’industrie agricole, les choses ne sont pas vraiment ce qu’elles paraissent. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont annoncé qu’entre 1970 et 1999 le nombre de maladies liées à l’alimentation a plus que décuplé aux Etats-Unis. Et selon la Food and Drug Administration (FDA) au moins 53 pesticides classés comme cancérigènes sont actuellement utilisés en grande quantité dans la majorité de notre alimentation d’origine végétale. Alors que l’industrialisation de l’alimentation s’étend, nous assistons à une explosion en ce qui concerne les risques sur la santé humaine et à une importante diminution de la valeur nutritionnelle de nos repas.
Augmentation des risques de cancer
L’utilisation, très largement répandue, de produits chimiques toxiques fait partie intégrante du système de l’alimentation industrielle. Cette contamination toxique de notre nourriture ne montre aucun signe de diminution. Depuis 1989, l’utilisation de pesticides dans son ensemble a augmenté de 8%, soit 60 millions de livres sterling (environ 41 millions d’euros). En termes de pourcentage, l’utilisation de pesticides qui laissent des résidus dans la nourriture a encore plus augmenté. D’autre part, l’ Environmental Protection Agency (l’EPA) annonce que plus d’un million de citoyens américains boivent de l’eau dans laquelle se trouvent des pesticides provenant d’exploitations agricoles industrielles.
L’inquiétude sanitaire majeure associée à cette dépendance aux produits toxiques est le cancer. L’EPA a déjà identifié plus de 165 pesticides potentiellement cancérigènes et de nombreuses mixtures chimiques n’ont toujours pas été testées. De plus, les résidus de ces pesticides potentiellement cancérigènes sont présents sur nos fruits et légumes. En 1998, la FDA a détecté des résidus de pesticides sur plus de 35% des aliments testés.
Beaucoup de produits américains se sont révélés plus toxiques que ceux d’autres pays. Ce qui est pire encore, c’est que les normes actuelles concernant les pesticides dans l’alimentaire n’incluent toujours pas une protection spécifique pour les fœtus, les bébés et les jeunes enfants - ce malgré des changements majeurs établis dans les lois fédérales de 1996 ayant trait aux pesticides et qui mentionnent de telles réformes. Beaucoup de scientifiques pensent que les pesticides jouent un rôle majeur dans "l’épidémie" actuelle de cancers chez les enfants américains.
Le risque de cancer n’affecte pas seulement les consommateurs. Cela met aussi en péril des dizaines de milliers d’agriculteurs, de travailleurs agricoles et de saisonniers. Une étude effectuée par le National Cancer Institute a démontré que les agriculteurs qui utilisaient des herbicides industriels avaient une probabilité 6 fois plus importante que les non-agriculteurs de développer la maladie d’Hodgkin, une forme de cancer.
En plus de risques de cancer, les pesticides peuvent causer une myriade d’autres problèmes de santé, en particulier chez les jeunes. Par exemple l’exposition à des composés neurotoxiques tels que les polychlorobiphényles (PCB) et les insecticides organophosphatés à un moment critique du développement peut causer des dégâts irréversibles au niveau du cerveau ainsi que du système nerveux et du système de la reproduction.
Augmentation des bactéries dans la nourriture
La production alimentaire industrielle a aussi donné lieu à une augmentation des maladies en rapport avec la nourriture autres que celles associées aux pesticides. Les chercheurs du CDC estiment que les agents pathogènes que l’on trouve dans la nourriture contaminent actuellement 80 millions de personnes par an et causent plus de 9.000 morts, ce pour les Etats-Unis seulement.
Cette augmentation est largement imputable à l’industrialisation de la production de volaille et de bétail. De nos jours, la plupart des produits carnés trouvent leur origine dans des "usines animales" où les animaux destinés à être mangés sont parqués et entassés dans des conditions d’une inhumanité effroyable.
Ceci a pour conséquence la vaste propagation de maladies entre animaux et la création d’une alimentation porteuse de maladies. Selon le CDC, les cas avérés de maladies dues à la salmonelle et les agents pathogènes E.coli (Escherichia coli) sont 10 fois plus nombreux qu’il y a 20 ans et les cas de Campylobactériose(1) ont plus que doublé. Le CDC n’a constaté la présence de ces agents pathogènes dans la viande qu’à la fin des années 1970 lorsque les "usines animales" sont devenues le moyen le plus répandu de produire la viande. Même nos fruits et légumes sont contaminés par ces agents pathogènes car ils sont exposés à des engrais porteurs de l’infection et aux eaux de vidanges. La contamination peut aussi se produire lors de la transformation industrielle et du convoyage qui s’effectue sur de longues distances.
Il se peut aussi que l’utilisation d’antibiotiques dans la production agricole animale accélère la hausse alarmante de résistance aux antibiotiques, dont certains dangereux agents pathogènes ont fait l’illustration. Les résidus de ces antibiotiques vétérinaires qui se retrouvent dans notre alimentation peuvent conférer une certaine résistance aux bactéries responsables d’une grande variété de maladies humaines. Les infections résistant aux antibiotiques sont actuellement la onzième cause de mortalité aux Etats-Unis. Guidés par les reportages des médias populaires, nous pourrions conclure un peu vite que les médecins - parce qu’ils prescrivent trop d’antibiotiques - sont les seuls à blâmer quant à cette résistance croissante. Cette opinion ne tient pas compte du fait qu’aux Etats-Unis, presque 50% des antibiotiques sont administrés aux animaux et non pas aux êtres humains.
Dans les années 1950, l’apparition des fast-foods, des plats cuisinés ou congelés a changé à jamais nos habitudes diététiques. Au moins 175.000 fast-foods ont surgi autour des stations services, des centres commerciaux et des petites épiceries de quartiers que l’on trouve dans les banlieues américaines dont l’extension perpétuelle est effrayante. Les dîners congelés, les repas emballés et les sandwichs à emporter ont, pour beaucoup de gens, remplacé le repas cuisiné à la maison. En conséquence, les gens consomment plus de calories, sucre et conservateurs que jamais, alors qu’ils réduisent leur consommation de fruits et légumes frais. Il n’y a rien de surprenant à ce que ces changements aient conduit à une augmentation accablante de l’obésité, du diabète de type 2 (non insulinodépendant), de l’hypertension artérielle et de maladies cardiaques au sein de la population américaine. Environ un américain sur trois est en surpoids et l’obésité atteint actuellement aux Etats-Unis des niveaux qui confèrent à l’épidémie.
Une étude menée par l’Université de New York et l’organisme à but non lucratif le Centre for Science in the Public Interest a stipulé que : " Les sucres ajoutés - que l’on trouve en majeure partie dans l’alimentation à base de sucreries comme les sodas, les gâteaux et les cookies - excluent la nourriture saine du régime alimentaire. On estime qu’actuellement, ce sucre compte pour 16% des calories consommées par l’américain moyen et 20% en ce qui concerne les adolescents. Il y a 20 ans, les adolescents américains consommaient presque 2 fois plus de lait que de soda. Aujourd’hui, ils consomment presque deux fois plus de soda que de lait. " De plus, le Ministre de la Santé américain a estimé qu’aux Etats-Unis, deux morts prématurées sur trois étaient liées au régime alimentaire.
Les nouvelles technologies : un fléau plus avenant
Lorsqu’ils sont confrontés à la crise sanitaire causée par leur nourriture, les fournisseurs de l’alimentation industrielle nous assurent que les nouvelles technologies industrielles offriront une solution rapide. En réponse à l’augmentation écrasante de maladies en lien direct avec la nourriture, l’industrie encourage l’utilisation d’irradiation pour aseptiser notre nourriture. Avec cette technologie, le hamburger moyen peut recevoir l’équivalent de millions de rayons X de façon à supprimer temporairement toute bactérie potentiellement dangereuse. Cependant, comme la viande circule dans toute la chaîne alimentaire - du fabricant au grossiste et du détaillant au consommateur - elle perd de sa "protection" et devient rapidement sujette à de nouvelles contaminations. D’autre part, de nombreuses études ont démontré que la consommation de viande irradiée pouvait être la cause de dégâts au niveau de l’ADN qui provoqueraient des difformités sur les animaux de laboratoire et sur leur progéniture. L’irradiation peut aussi détruire des vitamines et des substances nutritives essentielles présentes dans la nourriture, et cela peut aussi donner un goût et une odeur de rance à l’alimentation.
Contrairement aux déclarations du gouvernement américain, la nourriture industrielle n’est pas saine. En fait, elle devient de plus en plus mortelle et dépourvue de substances nutritives. En fin de compte, la sûreté alimentaire ne peut être atteinte par la seule entremise de décrets politiques ou par de rapides solutions d’ordre technologique. La dépendance accrue aux produits chimiques, au nucléaire ou aux OGM ne fera qu’intensifier le problème. La véritable solution est un retour aux pratiques agricoles biologiques et saines. Il s’avère que la production alimentaire sans danger pour l’environnement, humaine envers les animaux et enracinée dans la communauté et l’indépendance est aussi une production sans danger et nutritive pour les êtres humains.
Pour lire l’original de l’article en anglais, cliquez sur ce lien : www.theecologist.org/archive_articl...
Réimprimé avec autorisation, à partir de Fatal Harvest : the Tragedy of Industrial Agriculture, édité par Andrew Kimbrell, distribué par Island Press (www.islandpress.org)
Lexique
(1). La Campilobactériose est une maladie causée par la bactérie Campylobacter jejuni qui est actuellement la cause principale des cas d’intoxications alimentaires. La maladie est le plus souvent contractée par contact avec de la volaille crue ou mal cuite. Une seule goutte de suc gastrique d’un poulet contaminé suffit à attraper la Campylobactériose. De nombreuses volailles sont, sans que nous le sachions, contaminées par Campylobacter, c’est-à-dire que les poulets sont contaminés par la bactérie mais ne montrent aucun signe de maladie. Lorsqu’un poulet infecté est abattu, Campylobater peut se transmettre des intestins à la viande.
Sur le marché américain, plus de la moitié des poulets crus sont infectés par la bactérie. Campylobater est aussi présent dans les abats, en particulier le foie. Lorsque surviennent des contaminations plus massives de Campilobactériose, elles ne sont généralement pas associées à la volaille mais au fait d’avoir bu du lait non pasteurisé ou de l’eau contaminée. Le lait non pasteurisé peut être contaminé si les pis de la vache sont infectés par Campilobacter ou si le lait est contaminé par du lisier. Les matières fécales de vaches ou d’oiseaux sauvages peuvent contaminer les eaux de surface et les ruisseaux de montagne. Cette infection est courante dans les pays en voie de développement et les personnes qui voyagent dans des pays étrangers courent aussi le risque d’être infectées par Campylobacter. (Source : Everest)
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