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"Les consommateurs de viande pompent l’eau mondiale" - The Guardian

D’après les scientifiques, une profonde modification dans notre alimentation pourrait être nécessaire pour permettre aux Pays en Voie de Développement de nourrir leurs populations.

Auteur : John Vidal - Traduction : Elixe.
The Guardian - Lundi 23 août 2004

Des scientifiques agronomes étudient la manière dont le monde peut au mieux se nourrir. D’après eux, les gouvernements pourraient avoir à convaincre leurs peuples de manger moins de viande en raison de la demande croissante en eau.

Afin de préserver leurs ressources en eau pour les usages domestiques et de forte valeur, les pays, dont les ressources en eau sont faibles, pourraient choisir de renoncer à cultiver au profit du commerce d’eau "virtuelle", en important de la nourriture des pays qui ont de grandes ressources en eau.

Environ 840 millions de personnes dans le monde sont en sous-nutrition. Avec deux milliards de naissances prévues dans les 20 ans à venir, trouver de l’eau pour obtenir de la nourriture sera l’un des plus grands défis qu’affronteront les gouvernements.

Actuellement, jusqu’à 90% de l’eau gérée dans le monde est utilisée pour la production de nourriture.

"En moyenne, on aura assez de nourriture pour tout le monde dans 20 ans, mais à moins de changer la manière dont nous produisons cette nourriture, on aura aussi beaucoup plus de personnes souffrants de malnutrition", indique Docteur David Molden. Le Dr Molden est l’un des principaux scientifiques de l’IWMI, International Water Management Institute (Institut international de gestion de l’eau), qui est partiellement financé par le gouvernement britannique et qui enquête sur les options mondiales pour nourrir les populations croissantes.

"L’essentiel est que le niveau des eaux souterraines s’effondre et nos rivières sont épuisées ; malgré tout, on ne s’inquiète pas de l’avenir", indique le rapport de l’IWMI.

Les comportements alimentaires de l’Ouest, qui s’appuient largement sur la viande, ont déjà de grandes répercussions sur l’environnement. Les personnes qui mangent de la viande consomment l’équivalent de 5 000 litres d’eau par jour, alors que les personnes végétariennes dans les PVD utilisent 1 000 à 2 000 litres d’eau par jour. Toute cette eau doit bien provenir de quelque part."

Le consensus qui émerge parmi les scientifiques est que cela sera à peu près impossible de nourrir les générations futures de la même manière que l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord actuellement, sans détruire l’environnement.

Un régime basé sur la viande et les légumes, vers lequel se tournent beaucoup de personnes quand c’est financièrement possible, exige plus d’eau que les céréales comme le blé et le maïs. En moyenne, 1 790 litres d’eau sont nécessaire pour faire un kilo de blé contre 9 680 litres d’eau pour faire un kilo de bœuf.

D’après le rapport de l’IWMI, les gens ne changeront pas leurs habitudes alimentaires en raison de questions d’approvisionnement en eau. "Et dans de nombreux pays sub-sahariens, où la pression concernant l’eau augmentera très rapidement dans les 20 prochaines années, les gens ont actuellement besoin de manger plus - et non moins", indique le rapport.

Anders Berntell, le directeur de l’International Water Institute basé à Stockholm, souligne : "l’approvisionnement en eau du monde de demain est un problème... beaucoup plus grand que nous n’avons commencé à réaliser."

"Nous devons réduire la quantité d’eau que nous consacrons à la production de nourriture. Le monde est simplement en train de se trouver à court d’eau."

Les recherches suggèrent que jusqu’à 24% d’eau supplémentaire sera nécessaire pour produire la nourriture mondiale d’ici 20 ans. Mais les pays qui se développent le plus vite sont incapables de consacrer plus d’eau à l’agriculture sans sacrifier les écosystèmes qui pourraient pourtant être indispensables à la production d’eau ou de poissons.

L’option d’une augmentation de commerce mondial en eau virtuelle semble logique, disent les scientifiques. Mais ils reconnaissent que cela dépend exclusivement de la capacité des pays à avoir l’argent pour importer leur nourriture. "La question est, est-ce que les pays qui seront les plus touchés par la pénurie en eau seront capables de s’offrir cette eau virtuelle", souligne le rapport.

Les meilleures options pour nourrir le monde, indique-t-il, sont une combinaison de méthodes de conservation de l’eau à la fois traditionnelles et à la pointe de la technologie. Des variétés de culture améliorées, de meilleures méthodes de labourage et une irrigation plus précise pourraient réduire la consommation d’eau et améliorer les rendements.

D’après le rapport, des graines résistant à la sécheresse, des systèmes de captage de l’eau et des technologies pour les petits terrains comme les pompes à pédale (de simples pompes à pied) offrent la possibilité d’augmenter les rendements de 100%.

Les scientifiques n’ont pas examiné l’utilisation de nourritures de type OGM qui ont été acclamées par certaines compagnies comme le moyen d’éviter la pénurie de nourriture.

"Même sans la nourriture génétiquement modifiée, dans de nombreuses parties du monde, on a le potentiel d’augmenter la productivité d’eau. Même sans les OGM, l’espoir existe", indique l’un des auteurs du rapport.

Une autre option prise en compte serait que les fermiers utilisent plus d’eaux usées urbaines pour l’irrigation. On estime que jusqu’à 10% de la population mondiale mange actuellement de la nourriture produite en utilisant les eaux usées des villes.

Les prévisions indiquent que les villes utiliseront 150% d’eau en plus dans les 20 prochaines années, ce qui sera à la fois un problème et une opportunité. "Cela signifie plus d’eaux usées mais aussi moins d’eau fraîche disponible pour l’agriculture. À l’avenir, utiliser cette eau urbaine pourrait être non plus un choix mais une nécessité", conclut le rapport.

D’après les auteurs, les gouvernements de pays de l’Ouest doivent impérativement changer leur politique : "les subventions de l’agriculture maintiennent à prix bas des matières premières mondiales dans les pays pauvres et découragent les fermiers d’investir (dans des technologies qui permettraient d’économiser de l’eau) parce qu’ils n’auront aucun retour sur cet investissement.

"Des droits concernant les terres et l’eau sont également nécessaires afin que les peuples investissent dans des améliorations à long terme."

Guardian Unlimited - Copyright Guardian Newspapers Limited 2004

Article orginal

"Meat-eaters soak up the world’s water" - John Vidal

The Guardian - Monday August 23, 2004

A change in diets may be necessary to enable developing countries to feed their people, say scientists

Governments may have to persuade people to eat less meat because of increasing demands on water supplies, according to agricultural scientists investigating how the world can best feed itself.

They say countries with little water may choose not to grow crops but trade in "virtual water", importing food from countries which have large amounts of water to save their supplies for domestic or high-value uses.

With about 840 million people in the world undernourished, and a further 2 billion expected to be born within 20 years, finding water to grow food will be one of the greatest challenges facing governments.

Currently up to 90% of all managed water is used to grow food.

"There will be enough food for everyone on average in 20 years’ time, but unless we change the way that we grow it, there will be a lot more malnourished people," said Dr David Molden, principal scientist with the International Water Management Institute (IWMI), which is part-funded by the British government and is investigating global options for feeding growing populations.

"The bottom line is that groundwater levels are plummeting and our rivers are already overstressed, yet there is a lot of complacency about the future," the IWMI report says.

"Western diets, which depend largely on meat, are already putting great pressures on the environment. Meat-eaters consume the equivalent of about 5,000 litres [1,100 gallons] of water a day compared to the 1,000-2,000 litres used by people on vegetarian diets in developing countries. All that water has to come from somewhere."

The consensus emerging among scientists is that it will be almost impossible to feed future generations the typical diet eaten in western Europe and North America without destroying the environment.

A meat and vegetable diet, which most people move to when economically possible, requires more water than crops such as wheat and maize. On average, it takes 1,790 litres of water to grow 1kg of wheat compared with 9,680 litres of water for 1kg of beef.

In its report, the IWMI says it it unlikely people will change their eating habits because of concerns about water supplies. "And in many sub-Saharan countries, where the pressure on water will increase most rapidly in the next 20 years, people actually need to be eating more, not less," the report says.

Anders Berntell, the director of the International Water Institute, based in Stockholm, said : "The world’s future water supply is a problem that’s ... greater than we’ve begun to realise.

"We’ve got to reduce the amount of water we devote to growing food. The world is simply running out of water."

Research suggests that up to 24% more water will be needed to grow the world’s food in 20 years, but many of the fastest-growing countries are unable to devote more water to agriculture without sacrificing ecosystems which may be important for providing water or fish.

The option of increased world trade in virtual water seems logical, the scientists say, but they recognise that it depends on countries having the money to import their food. "The question remains whether the countries that will be hardest hit by water scarcity will be able to afford virtual water," the report says.

The best options for feeding the world, it says, are a combination of hi-tech and traditional water conservation methods. Improved crop varieties, better tillage methods and more precise irrigation could reduce water consumption and improve yields.

Drought-resistant seeds, water harvesting schemes and small-plot technologies such as treadle pumps [simple foot pumps] all have the potential to boost yields by 100%, the report says.

The scientists did not examine the use of GM foods which have been hailed by some companies as the way to avoid big food shortages.

"Even without GM foods, in many parts of the world there is the potential to increase water productivity. Even without them there is hope," one of the report’s authors said.

Another option considered is that of farmers using more urban waste water for irrigation. It is estimated that up to 10% of the world’s population now eat food produced using waste water from towns and cities.

Cities are predicted to use 150% more water within 20 years, which will be both a problem and an opportunity.

"This means more waste water but also less fresh water available for agriculture. In the future, using waste water may not be a choice but a necessity", the report says.

The authors say western governments need to change their policies : "Agricultural subsidies keep world commodity prices low in poor countries and discourage farmers from investing [in water-saving technologies] because they will not get a return on their investments.

"Land and water rights are also needed so people will invest in long-term improvements."

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