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"SPA, un monde sans pitié" - Une série d’enquêtes édifiantes sur les dérives du business de la protection animale

Avertissement : L’enquête date de 2002 mais les responsables incriminés sont toujours administrateurs de la SPA (Serge Belais et Jacqueline Faucher ont été réélus en novembre 2008 au conseil d’administration de la SPA)

Cette enquête réalisée par Boris Thiolay fut publiée dans le journal l’Express du 29/08/2002

Les accusations pleuvent : abus de confiance, détournement de legs, opacité des comptes, trucage d’élections, népotisme, euthanasie et trafic d’animaux... La vénérable société, créée en 1845, aurait-elle parfois servi à mettre ses administrateurs à l’abri du besoin ?

Aux grands hommes, la Société protectrice des animaux (SPA) peut être très reconnaissante. Mais Victor Hugo - comme Gustave Flaubert, Jules Verne ou Guy de Maupassant - mettrait-il encore aujourd’hui son engagement et son talent au service des héritiers de cette institution vénérable, principale association française de protection animale ? Peu vraisemblable. L’écrivain qui, malgré les quolibets de nombreux députés, obtint le 2 juillet 1850 l’adoption par l’Assemblée nationale de la première loi garantissant "la protection des animaux domestiques contre les mauvais traitements" maudirait probablement les petits Lucrèce Borgia et Thénardier qui ont dévoyé la mission initiale de la SPA : "Sauver, protéger, aimer".

Nombre d’amis des animaux ne lui prêtent plus que cette autre devise, sinistre : "Souffrir, périr, agoniser", comme disent les associations qui, aujourd’hui, la mettent en cause. Entre eux, les détracteurs de la SPA la surnomment aussi : "Sans pitié en affaires", allusion à sa voracité financière. Dans un prérapport couvrant la période 1993-1998, la Cour des comptes épingle sévèrement la Société protectrice des animaux : pouvoir discrétionnaire du conseil d’administration, violation des statuts, absence de comptabilité prévisionnelle, dépenses somptuaires, surfacturation injustifiée de prestations de services. Depuis mars dernier, six dirigeants de la SPA ont été mis en examen, dont son président, le 16 juillet. Présidente de novembre 1987 à octobre 2000, Jacqueline Faucher est soupçonnée d’"abus de confiance". Serge Belais, son actuel successeur, mais administrateur au siège depuis 1992, également. De même Didier Lapostre, directeur technique jusqu’en février dernier, et Evelyne Stawicki, ancienne directrice des ressources humaines et rédactrice en chef d’Animaux Magazine, la très coûteuse revue de l’association.

L’affaire judiciaire a démarré sur une plainte déposée en mars 2000 par Maryse Bousquet, présidente jusqu’en 1997 de la délégation SPA de Toulouse, aujourd’hui à la tête d’un collectif de 100 bénévoles qui ont décidé de demander des comptes aux dirigeants de l’association. Entrée en dissidence, destituée pour avoir posé des questions gênantes, cette dermatologue amoureuse des animaux accuse les dirigeants du siège d’avoir mis en place "un véritable mécanisme de détournement des legs affectés aux filiales [régionales], au mépris de la volonté des donateurs". Ce que résume sans ambages Gabrielle Zammarchi, autre adhérente qui se dit "écœurée par le système". Elle martèle : "Les animaux servent d’appât à la SPA pour recevoir des dons. Avec tout l’argent détourné depuis des années, ses refuges devraient être des cinq-étoiles. Il ne devrait plus y avoir un seul animal malheureux en France !" On en est loin. Car, outre les malversations financières observées par la Cour des comptes, de gros soupçons planent sur le rôle joué pendant des années par des dirigeants de l’association dans la disparition, l’euthanasie et le trafic d’animaux.

Amadouer le donateur

La Société protectrice des animaux, exploitant sauvagement les compagnons à quatre pattes qu’elle est censée recueillir, soigner et proposer à l’adoption ? Impensable ! En France, où vivent plus de 8 millions de chiens et près de 9 millions de chats - 1 ménage sur 2 possède un animal de compagnie - la SPA est un monument. Fondée en 1845, reconnue d’utilité publique dès 1860 - ce qui lui permet d’être exonérée d’impôts sur les legs et dons à son profit - cette association est connue de tous. Qui n’a jamais songé à adopter l’un de ces pauvres chiens abandonnés sur la route des vacances ? Combien de "mamies à chats" sans héritier ont fait de la SPA leur légataire universel ? Peu de gens savent qu’il existe deux SPA en France. Celle de Paris - aujourd’hui en cause - revendique 60 délégations régionales, 40 000 adhérents et affirme recueillir 60 000 animaux chaque année. La confédération des SPA, basée à Lyon, regroupe 250 associations locales de protection des animaux. Les deux structures n’ont rien à voir entre elles, mais la SPA de Paris se garde bien d’insister sur le distinguo.

Gérée par un conseil d’administration de 24 membres, rémunérant grassement des centaines de salariés, cette dernière est passée maîtresse dans l’art de l’appel à la générosité publique. Rien que de très normal pour une association qui indique aujourd’hui vivre à 80% de dons et de legs. Quitte à rétribuer plus de 1 million de francs une agence de communication pour pondre une campagne stratégique de "développement de la collecte de fonds", réalisée en novembre 1995. Dans son devis, l’agence explique à la SPA que, pour solliciter le plus efficacement possible un "potentiel de plus de 500 000 donateurs", il convient de cibler des publics prioritaires : jeunes urbains, hauts revenus, catholiques pratiquants, mais aussi donateurs d’associations, d’aide à l’enfance ou de lutte contre le sida. Astuce, pour amadouer le donateur : "Il est recommandé d’utiliser [...] du papier recyclé. Le message doit faire “pauvre”."

Pauvre, la SPA ? L’Express a pu se procurer deux notes confidentielles adressées en août et septembre 1997 par André-Louis Doumens - alors trésorier national, aujourd’hui décédé - à la présidente, aux administrateurs et aux directeurs. On y apprend que le "portefeuille legs" de l’association s’élève à 174 millions de francs. Pour combler un découvert bancaire de l’ordre de 9 à 10 millions de francs au siège parisien, Doumens suggère de vendre immédiatement deux legs. Mais ça ne suffira pas. Pas question de puiser davantage dans le magot. Le trésorier évoque plutôt la possibilité de récupérer "tout ou partie des réserves financières des délégations au bénéfice du siège avec versement d’intérêts significatifs et supérieurs aux taux du marché". Il reconnaît : "Il existe des situations [financières] plus dramatiques." Bel euphémisme : le patrimoine immobilier de la SPA est colossal.

Rien qu’à Paris, de 1956 à juin 2001, elle a hérité, au bas mot, de plus d’une centaine de biens dans Paris, allant du petit appartement à plusieurs immeubles contigus. Certaines adresses font rêver : avenue Foch, avenue Montaigne ou avenue Gabriel, à deux pas de l’Elysée. Difficile d’évaluer les legs sur le plan national. Pour le seul arrondissement fiscal de Rambouillet (Yvelines), par exemple, on recense, pendant cette période, une quinzaine de legs, allant de 13 000 francs à 2,5 millions. La SPA entretient l’opacité sur la gestion de ces dons, si l’on en croit le prérapport de la Cour des comptes, qui relève plusieurs anomalies : "Le suivi comptable de ces legs n’est plus assuré depuis 1997" ; "Peu de ventes immobilières et des ventes parfois effectuées à 60% des valeurs estimées" ; "Le service des legs [...] reste seul à gérer les legs sans rendre compte de son activité, qu’il s’agisse du respect des volontés du testateur, des relations avec les délégations [...]".

Un exemple parmi les plus édifiants : le legs Canourgues, dans le Var, l’un des fiefs de Jacqueline Faucher, présidente de la SPA de 1987 à 2000. Décédé en 1991, Henri Canourgues fait de la SPA son légataire universel - legs qui ne deviendra effectif qu’après le décès de sa compagne, en 1995. Un joli cadeau pour les animaux, qui se décompose ainsi : une propriété à Ollioules (Var), estimée à 1,5 million de francs ; du mobilier pour 105 000 francs, ainsi que des avoirs bancaires pour une valeur de 650 000 francs. Henri Canourgues souhaitait que ce don serve à financer un refuge pour animaux. L’exécuteur testamentaire, Francis Martina-Fieschi, est alors adjoint au maire d’Ollioules et trésorier de la délégation SPA du Var depuis 1988. Rapidement, des objets et du mobilier sont revendus, contre le souhait testamentaire d’Henri Canourgues. Et à des prix défiant toute concurrence. A qui ? A Jacqueline Faucher, à sa fille, à sa mère et... à Francis Martina-Fieschi.

Plus curieux encore, une somme de 254 000 francs, provenant de la succession Canourgues, avait été versée sur un compte bancaire inconnu du siège parisien de la SPA, inconnu aussi de la délégation du Var. Le compte était domicilié à l’adresse personnelle de Martina-Fieschi. Quant à la propriété, Jacqueline Faucher s’en est fait remettre l’unique jeu de clefs en juillet 1996. Aucun refuge n’y a vu le jour. Dans Animaux Magazine, au printemps 1996, Jacqueline Faucher n’hésitait pas à clamer : "Ce qui me bouleverse, c’est la mentalité de ceux qui font du fric avec la vie, avec la souffrance des animaux. Ça, c’est intolérable." Lorsqu’il découvre le problème, dit-il, fin 2000, Serge Belais, nouveau président de la SPA, décide de porter plainte. Contre X. Pas contre sa présidente.

Vingt ans d’anomalies

Cas isolé, l’affaire du legs Canourgues ? "Absolument pas, réplique Maryse Bousquet. Il s’agit d’un système organisé, connu de beaucoup. Il était très rare que le siège prévienne une délégation qu’un legs lui était destiné. D’ailleurs, que sont devenus les legs Debat (35 millions de francs), Nivault (9,4 millions), Cats (4,8 millions) et tant d’autres ?" Elle accuse : "A la SPA, tout est fait pour dégoûter et écarter les bénévoles qui posent des questions et se scandalisent. Nous avons des caisses de témoignages de bénévoles à qui l’on a soudain interdit l’accès aux refuges. On destitue les présidents de délégation qui s’indignent. À la place, les administrateurs préfèrent avoir des salariés surpayés et totalement aux ordres."

Depuis vingt ans, au moins, des membres éminents de la SPA alertent régulièrement la présidence et les administrateurs sur les "anomalies" qu’ils constatent. En avril 1984, Mme Moré, dans un courrier adressé à la présidente de l’époque, Jacqueline Thome Patenôtre (ancienne sous-secrétaire d’Etat), affirme que des "infractions évidentes au règlement intérieur" ont totalement "falsifié les élections". Elle signale également que la "commission de protection [animale], qui devrait être l’une des plus importantes [...] ne se réunit pratiquement jamais" ... Un autre administrateur, en 1991, proteste : "La ligne budgétaire honoraires d’avocats a presque triplé depuis 1990. Elle dépasserait 600 000 francs [...]. Les avocats servent à Faucher [la présidente] à régler ses comptes personnels avec ses adversaires." Ces courriers n’ont pas servi à grand-chose. Le 29 juin dernier, à Paris, lors de la très houleuse assemblée générale de l’association, Jacqueline Faucher a fait office d’assesseur au scrutin. "A de très nombreuses reprises, les deux derniers présidents ont été informés de dérives, de malversations, commises notamment par des administrateurs et des présidents de délégation, déplore encore Maryse Bousquet. Résultat : ce sont les plaignants qui ont été destitués, calomniés, menacés."

Le 20 juillet dernier, à son tour, Jean-Pierre Dubaux, ancien administrateur chargé des finances et écarté par la nouvelle direction, écrit au président de la cinquième chambre de la Cour des comptes. Dans une lettre de trois pages - jamais rendue publique jusqu’ici - il dénonce les pratiques qui perdurent : cooptation comme administrateurs de "fidèles" non élus par les adhérents, et un bizarre "contrat de silence" imposé aux collaborateurs de la hiérarchie. A ce sujet, Dubaux met en cause le nouveau président de la SPA : "Le Dr Belais, avec force, a tenté à plusieurs reprises de me faire signer cette pièce pour m’exclure du CA. [...] La direction ne se cachait d’ailleurs pas d’avoir constitué sur chaque administrateur un dossier dont les informations permettaient de faire pression sur un membre égaré pour le faire rentrer dans le système", écrit Jean-Pierre Dubaux. Il critique également les moyens financiers employés pour amadouer les nouveaux administrateurs : X., "nommé en 2001, a bénéficié d’une somme de 300 000 francs pour construire une chatterie sans même que le dossier soit soumis à la commission financière". Idem pour calmer le jeu : "Mme Stawicki (mise en examen) a reçu lors de son départ [...] un chèque de 450 000 francs, alors qu’elle aurait dû être licenciée pour faute lourde." La plus grande crainte de la SPA ? Voir un administrateur judiciaire nommé à sa tête et, pis encore, perdre sa déclaration d’utilité publique, synonyme d’exonérations fiscales. Face à la progression de l’enquête des policiers du pôle financier, le système familial tourne à la guerre des clans. La SPA, bien loin de l’arche de Noé, ressemble de plus en plus au Radeau de la Méduse.

Sévices et actes de cruauté

Et les animaux, dans tout ça ? Non seulement ils ne sont pas le sujet de préoccupation principale des cadres de la SPA, mais beaucoup disparaissent. Littéralement. Notamment dans certains refuges ! Celui de Cazères (Haute-Garonne), par exemple. Son responsable depuis 1990, Victor Rodriguez, a été condamné, en juin 2000, à six mois de prison avec sursis, à une amende et à deux ans de mise à l’épreuve, pour sévices et actes de cruauté envers les animaux. Ancien représentant en charcuterie, Victor Rodriguez euthanasiait en masse, et dans des conditions épouvantables, les chiens à son domicile. C’est d’ailleurs chez lui qu’il se faisait apporter directement les bêtes retrouvées sur la voie publique. Aux propriétaires qui venaient réclamer leur chien Rodriguez répliquait imperturbablement que l’animal s’était hélas échappé. L’homme sera condamné pour sévices, mais, en réalité, lors de son procès, le président du tribunal de Saint-Gaudens conclura ainsi : "C’est un trafic organisé d’animaux. Je n’en ai pas la preuve, mais vous avez trafiqué des animaux, vraisemblablement avec des laboratoires." Au sein du refuge, Victor Rodriguez laissait les chiens mâles côtoyer des femelles en chaleur. D’où des naissances en nombre, pratique en totale contradiction avec la politique affichée par la SPA, gestionnaire de refuges "surchargés", prônant la stérilisation. Fin 2000, la SPA condamne dans sa revue ce "tortionnaire". En oubliant de préciser qu’il s’agit de l’un de ses cadres. Et que sa présidente avait été alertée par courrier, dès 1993, sur ses actes de barbarie. Le refuge a été fermé en septembre 1999. Victor Rodriguez s’est reconverti : il est radiesthésiste, à l’occasion. Contre rémunération, il a promis aux propriétaires éplorés de retrouver leur animal disparu !

"1 chien sur 2 et 2 chats sur 3 meurent sur place"

Le calvaire des animaux ne s’est pas arrêté à Cazères. Au Garric, près d’Albi (Tarn), des responsables de la SPA ont aussi transformé leur refuge en mouroir. Les candidats à l’adoption (800 francs pour une femelle, 500 francs pour un mâle, tarifs de la SPA) se voyaient cantonnés à l’entrée. On leur apportait un animal à la fois. S’ils insistaient pour avoir le choix, on les chassait sans ménagement. Le prérapport de la Cour des comptes a relevé "l’état de saleté et d’insalubrité [...] du refuge, l’absence totale de procédures et de registres statistiques et comptables" : "Il n’existe pas de liste des membres du bureau à jour et les employés [...] ont été ou sont les membres de la famille de Mme Raffanel [sa présidente], fille, belle-fille, fils." Le refuge a enregistré en six ans une baisse du nombre d’animaux abandonnés, une baisse des adoptions (- 40%), tandis que la fourrière connaît une augmentation des entrées (+ 20%) et une baisse du nombre de retours aux propriétaires (- 7%). Qui plus est, "1 chien sur 2 et 2 chats sur 3 meurent sur place".

Le 14 août dernier, le refuge du Garric s’entrouvre au visiteur. Un bâtiment en préfabriqué sert de bureau. Une jeune femme accueille le candidat à l’adoption. L’odeur d’urine et d’excréments prend à la gorge. Parqués par dix dans des corridors plombés par le soleil, les chiens s’entre-dévorent. La jeune femme hurle, frappe sur la grille. Sa collègue, armée d’un balai, fait refluer les chiens dans la niche. Les coups pleuvent. Scandalisée, une famille en visite décampe. Devant l’air indécis d’un visiteur, la jeune femme se décide à proposer d’autres animaux. Qu’elle va chercher dans un enclos voisin, d’où s’échappent des hurlements. Là, le visiteur n’entrera pas. Officiellement, Josiane Raffanel ne dirige plus le refuge. Pourtant, le 19 août, au téléphone, un employé assure qu’elle sera joignable le lendemain à partir de 10 heures... Josiane Raffanel et sa famille semblent avoir leurs habitudes dans un magasin d’animaux de la périphérie de Toulouse. Une enseigne où, assure-t-on, on n’achète que des chiots provenant d’éleveurs ou de particuliers.

Josiane Raffanel est une grande amie de Jacqueline Faucher : le rapport de la Cour des comptes conclut même qu’"aucune mission de contrôle n’a été effectuée [au Garric] depuis plusieurs années. Ceci s’explique par le fait que la présidente, Mme Faucher, effectuait régulièrement des visites à Albi". Présidente de la SPA du Tarn depuis de nombreuses années, Josiane Raffanel a été condamnée à plusieurs reprises : faux en écritures, problèmes de tatouage d’animaux, infraction à la tenue du chenil de la SPA. Mais, en dépit de quatre arrêtés préfectoraux entre 1986 et 1997, le chenil-fourrière du Garric, d’une capacité totale de 250"chiens et 55 chats, a pu continuer d’accueillir, chaque année, jusqu’à 1 000 chiens et 350 chats. Au milieu de la décennie 1980, Josiane Raffanel dirigeait également le chenil municipal d’Albi. Un employé de l’époque se souvient : "Tous les chiens jolis, vendables, étaient transférés au Garric. Le mercredi soir, ils nous envoyaient les vieux chiens, malades."

Pourquoi un tel ballet organisé ? Henri Barbe, président de l’Association nationale contre le trafic des animaux de compagnie (Antac), auteur du livre Trafiquants de chiens (Albin Michel), pense avoir la réponse : "Nous nous sommes portés partie civile contre la SPA parce que nous estimons que certains de ses refuges, ne tenant aucun registre d’entrées et de sorties et incapables de préciser la destination des chiens, servent de dépôts clandestins d’animaux revendus à des laboratoires..." Dans son métier, Josiane Raffanel s’entoure de personnes de confiance. Comme Andreano*, par exemple. Ce délégué enquêteur SPA du Tarn travaille sous un nom "d’artiste". Naguère, son vrai patronyme fut étalé dans la presse quand il fut condamné pour tentative d’assassinat* et proxénétisme. Les spécialités actuelles d’Andreano ? Des associations concurrentes racontent qu’il s’infiltrait chez elles, faisait circuler des rumeurs calomnieuses. Les dissidents de la SPA se plaignent de ses tentatives d’intimidation : ainsi, Gabrielle Zammarchi, l’une des membres du collectif de bénévoles, a déposé plainte contre lui pour harcèlement téléphonique. Du coup, comme Rodriguez, Andreano cherche à se reconvertir : à ses heures, lui aussi est... radiesthésiste.

Mémoire défaillante

Face à l’avalanche d’accusations qui fondent sur la SPA, Serge Belais, président depuis octobre 2000, reconnaît que "tout n’est pas parfait". Mais sa mise en examen pour "abus de confiance", il ne la comprend pas. "J’ai toujours été clean, je n’ai pas triché, explique ce vétérinaire de 47 ans, propriétaire d’une clinique à Paris. D’ailleurs, je ne suis pas sous contrôle judiciaire." Comment pouvait-il ignorer les malversations de ses homologues alors qu’il était administrateur depuis 1992 ? "Je faisais confiance aux autres administrateurs et je me concentrais sur ma mission, la protection animale." Ce chevalier blanc, prônant la "transparence totale", oscille entre mémoire défaillante et naïveté. Ainsi, il n’a "jamais entendu parler" des démêlés judiciaires de l’un des 24 administrateurs de la SPA - jusqu’en 2001 - Jean-Pierre Kucheïda, député (PS) de Liévin (Pas-de-Calais), très proche de Jacqueline Faucher. Les essais cliniques d’efficacité et d’innocuité pratiqués sur des chiens du refuge de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) entre décembre 1995 et mai 1996, alors que la SPA s’est toujours officiellement opposée à l’expérimentation animale ? "Ce n’était pas de l’expérimentation, mais une comparaison avec un autre antibiotique existant", prétend Serge Belais. Et il défend sa gestion : "Sur 100 euros donnés à la SPA, 78 vont directement à la protection animale."

"On ne peut avoir été administrateur pendant huit ans et affirmer qu’on ne savait rien", estime Me Roland d’Ornano, qui défend le collectif des bénévoles - en 1994, cet avocat avait mis au jour l’escroquerie montée par Jacques Crozemarie, président de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC). "M. Belais, en tant qu’administrateur, avait un mandat qui impliquait une responsabilité collective et pas seulement individuelle, plaide-t-il. Comme d’autres, il a couvert des agissements dont il aurait dû savoir qu’ils étaient délictueux."

Depuis la mi-juillet, Serge Belais est saisi par courrier des cas d’euthanasie "impulsive" d’animaux et de brimades sur les bénévoles pratiqués par le responsable du refuge SPA de Brugheas (Allier). En attendant qu’il intervienne, la dérive éthique de la SPA se poursuit, selon le collectif de bénévoles. "De la naissance à la mort, les animaux de la SPA sont victimes de trafic", résume Gabrielle Zammarchi. Notamment par le biais de certaines fourrières pour animaux errants. La SPA, qui en accueille dans ses refuges depuis 1960, se déchaînait naguère contre les sociétés de capture d’animaux, ces "prestataires de mort". Une belle indignation, balayée depuis.

En rachetant Chenil Service (gestion des fourrières), et en prenant les rênes de la Sacpa (Service pour l’assistance et le contrôle du peuplement animal), la SPA a mis la main sur un marché juteux. La loi du 6 janvier 1999 contraint les communes à disposer d’une fourrière pour ramasser les animaux dangereux ou errants. La majorité des communes, surtout les plus petites, préfèrent passer une convention avec une société spécialisée. Moyennant une indemnité municipale annuelle de 3 à 20 francs par habitant, la fourrière s’engage à garder un animal identifié huit jours, comme l’exige la loi, pour laisser le temps à son propriétaire de le réclamer. Au-delà, l’animal est euthanasié. On comprend mieux pourquoi le refuge-fourrière du Garric n’a de cesse de passer des conventions avec des communes, parfois d’autres départements : 143 actuellement ! La SPA du Garric est même parvenue, depuis l’année 2000, à faire signer à des communes des conventions illégales qui lui permettent de "procéder à l’euthanasie des animaux non repris dans un délai [...] de trois jours" ! Autant accélérer le turnover.

Dans le chien, tout est bon

Cette combine morbide s’est répandue dans plusieurs refuges-fourrières de la SPA. Y compris à Gennevilliers, le refuge vitrine de la SPA, réputé "le plus grand d’Europe". C’est peut-être ce qui explique que, deux fois par semaine, un camion-benne vienne charger, selon des témoins, plusieurs centaines de kilos d’animaux morts, sortis des congélateurs du "refuge". Le camion, discret, appartient à la Saria, la principale société d’équarrissage et de fabrication de farines animales en France. "Il n’est pas choquant que la SPA, pour ne pas heurter la sensibilité des gens, ait un souci de discrétion sur la mortalité des animaux", estime Patrick Cœlenbier, directeur commercial de la Saria. Cette société a été épinglée à plusieurs reprises, pour avoir mêlé à ses farines des restes d’animaux impropres à la consommation, des boues provenant de résidus de stations d’épuration... Où vont les chiens morts convoyés par la Saria ?

On l’a compris : comme dans le cochon, dans le chien, tout est bon. La fourrure, dont on fait des manteaux. Le cuir, pour les chaussures. La graisse, pour les gélatines. Même les cendres. Dès les années 1990, les dirigeants de la SPA du Var - imités depuis par nombre de vétérinaires indélicats - sont accusés par des particuliers de pratiquer l’arnaque à l’incinération. Le principe est simple : après avoir euthanasié dans son cabinet un animal en fin de vie, le vétérinaire propose au propriétaire une incinération, moyennant une somme de 120 à 150 francs. L’animal n’est en fait jamais incinéré, ce qui n’est d’ailleurs pas la mission de la SPA : il finit chez des équarrisseurs amis. Des clients se sont vu retourner des cendres dont la composition ne peut en aucun cas provenir de leur animal défunt.

Comment une telle machinerie a-t-elle pu prospérer depuis deux décennies ? En se conciliant de solides amitiés. Dans le Var, Jacqueline Faucher était une proche de Maurice Arreckx, ce sénateur UDF, longtemps maire de Toulon, décédé en 2001, deux fois condamné pour "recel d’abus de confiance", qui s’était un jour autodésigné comme le "parrain politique du Var". Outre ses liens avec le député PS Jean-Pierre Kucheïda, Jacqueline Faucher a également figuré en troisième position sur la liste d’Union des écologistes, derrière Yves Cochet aux élections européennes de 1994. Tout comme Paul Renaud, tête de liste Génération Ecologie aux élections régionales de 1998 en Bretagne et candidat aux législatives de 1997 à Redon (Ille-et-Vilaine) : cet homme, qui est aujourd’hui responsable technique et responsable de la protection animale au siège parisien de la SPA, avait quitté la délégation de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) en laissant un trou budgétaire de 300 000 francs, avant de s’autoproclamer président de celle de Vannes (Morbihan). Du côté de la majorité présidentielle, la liste est également longue des élus locaux et régionaux à avoir "soutenu" les activités de la SPA. Pour l’amour des animaux, certainement.

" La SPA, sans pitié en Affaires " fut publiée dans le journal CAPITAL de novembre 2001

On croyait que l’honorable institution se dévouait corps et âme à la cause animale. Elle semble surtout appâtée par le gain. Les adhérents qui osent protester sont "démissionnés" sans ménagement.

Censée protégée les animaux errant, la SPA en assure le ramassage et l’élimination pour le compte des communes. Un business lucratif, bien que le but de l’association ne le soit pas.

Imaginait-on que l’honorable "Société Protectrice des Animaux", fondée en 1845 et reconnue d’utilité publique en 1860, se dévouait corps et biens pour protéger les animaux ? Egrenait-on

avec respect ses impressionnantes références - 500 salariés, 2 200 bénévoles, 52 refuges, 150 millions de francs de budget et plus de 60 000 chiens et chats recueillis chaque année ? Apparemment, on se trompait. L’association cache en fait des coulisses peu ragoûtantes. Abattages des bêtes à la chaîne, affrontements sans merci pour s’arracher les donations, juteuses activités commerciales, détournements financiers, le tout baignant dans une opacité comptableabsolue...Àl’évidence,certainsamisdes bêtes aiment aussi l’oseille. "Un petit clan se partage le pouvoir dans le seul but de faire du fric", accuse Maryse Bousquet, une ancienne déléguée, qui mène la fronde contre l’association.Ni le président actuel ni la présidente précédente de la SPA n’ont souhaité recevoir Capital et répondre à cette attaque.

Pour ne pas heurter la sensibilité du publie et de ses bienfaiteurs, l’association assure que 80% des chiens recueillis dans ses refuges sont placés chez un nouveau maître. Mais ce taux serait très surévalué. "Il faut le diviser par deux", affirme, avec d’autres, un ancien gestionnaire du refuge de Gennevilliers, en région parisienne.

Cet homme-là sait de quoi il parle. Le centre d’hébergement de Gennevilliers, qui abrite 800 places (550 pour les chiens, 250 pour les chats) et passe pour le plus grand d’Europe, est en effet une sorte d’abattoir géant : des milliers d’animaux y sont liquidés chaque année par injection de Dolethal. Les matous grassouillets et les Médor édentés, trop croulants pour être adoptés, n’échappent jamais à la seringue. Mais quantité de chats et de chiots en excellente forme ont aussi droit à ce traitement définitif, au motif que leur race n’est guère à la mode (bergers allemands, par exemple). En définitifs seuls les caniches, chowchows d’appartement ou autres lévriers afghans, qui ont toutes les chances de faire saliver les clients adopteurs, sont sûrs d’avoir la vie sauve. À condition que l’acquéreur débourse au moins 800 francs pour couvrir les frais d’hébergement et de vaccination. Et, mieux encore, qu’il fasse un don...

Plus étonnant : l’association gère aussi des fourrières. Il faut savoir que la loi du 6 janvier 1999 oblige les communes à ramasser les animaux errants (les Français abandonnent 100 000 chiens par an, record européen) et à les éliminer dès lors qu’on ne retrouve pas leur propriétaire. Or, à qui les maires délèguent-ils souvent cette activité ingrate ? Tout juste : à la SPA. En contrepartie d’une alléchante subvention, calculée sur la base de 2, 3, voire 7 francs (à Cannes) par habitant, Elle se charge discrètement de la basse besogne.

L’association (théoriquement à but non lucratif) qui affichait, il n’y a pas si longtemps, un fier objectif de " zéro euthanasie ", a même acquis 60% du capital d’une fourrière privée concurrente, Chenil Service. Les 40 % restants sont détenus par la Sacpa, numéro 1 de la capture d’animaux en France. Un pacte avec le diable, aux yeux des militants.

Le montant des legs récoltés a été multiplié par 14 en vingt ans

Au reste, ces derniers ont bien d’autres raisons de grincer des dents. Sur le terrain, ils condamnent les conditions spartiates dans lesquelles sont hébergés les animaux et se plaignent du peu d’argent consacré à l’entretien des refuges. La direction balaie ces comploteurs en les poursuivant systématiquement (et à grands frais) en diffamation. Le climat est tellement empoisonné que la suspicion a gagné le Conseil d’Administration de la noble maison. "Depuis 1995, les administrateurs sont privés de tous documents par peur des fuites", raconte Maud Offenthal, qui a siégé au conseil de 1986 à 1999. Le remplacement en octobre 2000 de Jacqueline Faucher, présidente durant treize ans par le vétérinaire Serge Belais n’a pas permis de mettre fin au psychodrame qui oppose le siège parisien à la base.

Au cœur du conflit, les délectables héritages que les "mémères à chats" (un terme souvent employé dans le monde de la protection des bêtes) lèguent à la cause animale. Constitués d’appartements, de portefeuilles d’actions ou de mobilier précieux, ces dons ont littéralement explosé, passant de 7 à 43 millions de francs entre 1981 et 1991, et à près de 100 millions en 2000. Le pactole, auquel on peut ajouter 250 autres millions qui attendent un feu vert administratif pour être réalisés, représente aujourd’hui la principale ressource de la SPA.

Sympathique ? Assurément. D’autant que les généreux donateurs se contentent souvent de désigner "la SPA" comme légataire, sans préciser l’usage que celle-ci doit faire de leur fortune. Le magot doit-il servir à cajoler les animaux de la ville où ils résident, à couvrir les frais de fonctionnement du siège ou à assurer les fins de mois du refuge de Gennevilliers ? À chaque fois, c’est la foire d’empoigne.

Pour résoudre la question à son avantage, il arrive que la direction fasse parler les morts. Ainsi, lors du très important legs de Marie Yvonne Brégante. Entre les animaux et les humains, cette Marseillaise, décédée en 1993, avait fait son choix, décidant d’offrir la totalité de ses biens à la SPA, soit 6,5 millions de francs. Ravis, les bénévoles phocéens espéraient à tout le moins qu’une partie de ce trésor profiterait à leurs protégés. Hélas ! Avant de mourir, leur a expliqué la direction parisienne, Mme Brégante aurait verbalement indiqué que ses libéralités ne devaient pas servir les canidés des Bouches-du-Rhône ! Invraisemblable, mais invérifiable. Moyennant quoi, les toutous de la Canebière n’ont pas eu droit au moindre os. "Nous avons identifié plusieurs cas similaires, où la volonté du défunt n’a, semble-t-il, pas été respectée", se désole Maryse Bousquet.

S’il n’y avait que ces querelles intestines ! Pour s’accaparer les legs, libres de tous droits de succession, la SPA doit aussi batailler contre d’autres associations reconnues d’utilité publique. Ces concurrentes ont pour nom Assistance aux animaux, Fondation Bardot et même Confédération des SPA de France, une institution qui regroupe 250 associations locales de protection animale. Domiciliée à Lyon, cette dernière n’a rien à voir avec la SPA, mais a choisi d’utiliser le même sigle, tombé aujourd’hui dans le domaine public. Pour les généreuses mamies, le risque de confusion est évident. Lors qu’un héritage se profile, toutes ces bonnes œuvres se ruent donc sur le grisbi, en exerçant un intense lobbying auprès du bureau des successions à la préfecture de police et des chambres de notaires. Pour la "vraie" SPA, qui s’est jusqu’à présent taillé la part du lion, cette lutte au couteau est stratégique.

170 000 francs en pièces d’or mystérieusement disparus

Que fait-elle ensuite de ces villas et autres pièces d’argenterie ? C’est un peu fumeux. La Fiduciaire de la Tour, lors d’un audit réalisé en septembre 2000, déplore qu’aucune information comptable sur le service des legs ne soit disponible. Jolie litote. En réalité, un flou artistique règne sur l’utilisation de ces sommes, Il y a quelques années, par exemple, Jacqueline Faucher avait déposé à la banque de la SPA (le CCF) pour 170 000 francs de pièces d’or issus d’un legs. Peu après, elle a découvert que le coffre avait été vidé !

Mais cela ne suffit pas à expliquer les fins de mois difficiles de la société protectrice. Ses effectifs pléthoriques, sa tendance à décourager les bénévoles et surtout sa mauvaise gestion ne lui permettent pas de consacrer l’essentiel de ses moyens au bien-être des animaux. " La SPA ignore ce qu’est une gestion prévisionnelle et ne dispose d’aucun instrument précis ", lisait-on déjà en 1993 dans un document du ministère de l’Intérieur. Depuis le printemps 2000, c’est au tour de la Cour des comptes de plancher sur les budgets de l’association. Ses investigations, quasiment bouclées, aboutissent à peu près au même constat. Elles ont conduit Jacqueline Faucher à démissionner, tandis qu’une plainte contre X a été déposée dans le Var.

Il faut dire que, encouragé par cette obscurité financière et par le laxisme ambiant, certains délégués ont tiré sur la ficelle. Dans le Var, le trésorier de l’antenne locale aurait ouvert un compte bancaire occulte afin de détourner une partie des donations. Dans le Gard, où la SPI assurait le service de fourrière de 250 communes, 600 000 francs ont disparu. Comme l’attestent des documents que nous nous sommes procurés, des délégués de ce département avaient même monté une drôle de combine : contre 120 francs ils promettaient de brûler les cadavres d’animaux, mais les abandonnaient en réalité dan une benne. L’affaire a été étouffée pour ne pas ternir l’image de l’institution. A Cherbourg enfin, la responsable de l’antenne a reconnu avoir détourné 1 million de francs pour renflouer l’entreprise de son mari " Sur 180 comptes bancaires, plus de la moitié n’étaient pas déclarés au siège ", a révélé le président Belais.

Ce vétérinaire au sourire de play-boy promet de faire le ménage. Il a annoncé un contrôle renforcé des antennes locales et la rénovation des refuges (32 millions d’investissements prévus). Mais il n’explique pas pourquoi il est resté silencieux durant les huit années où il a siégé au conseil d’administration... Nul ne sait donc encore si la SPA bénéficiera dès l’an prochain d’un salutaire coup de balai de Belais.

Des rapports troubles avec les laboratoires vétérinaires - Pas très déontologique

La SPA a passé des contrats avec les laboratoires Pharmaceutiques pour la mise au point de nouveaux médicaments. D’anciens délégués comme le docteur Maryse Bousquet dénoncent les dérives de la SPA.

Livrer en pâture des animaux que l’on est chargé de chouchouter, ce n’est pas très chic. La SPA n’a pourtant pas hésité, en 1996, à "prêter" 24 chiens pour tester un nouveau médicament contre la toux du chenil, une calamité dans les refuges. Cet essai, numéroté ROX.95.PR, a été mené par le docteur Gilles Hagege, vétérinaire en chef du refuge de Gennevilliers, pour le compte du laboratoire Protocole. Le test, pas tout à fait anodin, comportait notamment la réalisation de prélèvements dans les bronches des chiens, après les avoir endormis. Contre son aimable participation, la SPA s’est vu offrir une développeuse de radios. Alertés, les amis des bêtes ont aussitôt crié au scandale, accusant la SPA de pratiquer l’expérimentation animale un abus de langage puisque le médicament n’était pas destiné à l’homme. Est-ce toute fois bien conforme à l’éthique d’une association caritative de seconder ainsi un laboratoire pharmaceutique ? La question a été balayée par la présidente de l’époque Jacqueline Faucher. D’autres essais vétérinaires ont d’ailleurs été pratiqués avec Rhône Mérieux (filiale de Rhône-Poulenc) et Sanofi Santé animale. Le vétérinaire Jean-Pierre Kieffer, président du Conseil national de protection animale, leur a donné son approbation : "Le refuge de Gennevilliers est une véritable pépinière pour les essais cliniques", a-t-il expliqué.

Si le docteur l’affirme...

Pour en savoir plus

-  Les observations de la Cour des comptes sur les comptes d’emploi pour 1993 à 1999 des ressources collectées auprès du public par la Société protectrice des animaux (SPA) en cliquant ICI.

-  Le reportage "SPA, où va l’argent ?" diffusé sur Canal+ le 2 mai 2005.

-  L’article "Vies de chien" du télécinéobs daté du 29 avril 2005. Extraits :

La SPA est bien souvent davantage un mouroir qu’un refuge. Et on se demande où va l’argent !

Son nom se décline en trois lettres : SPA. Trois lettres synonymes d’adoption et de bonne action. Hélas, malgré sa devise " Sauver, protéger, aimer ", la Société protectrice des Animaux, créée en 1845 avec l’appui de personnages aussi illustres que Victor Hugo ou Jules Verne, a du plomb dans l’aile. Et c’est un aspect bien peu reluisant de cette vénérable institution, déjà épinglée par le rapport de la Cour des comptes en 2002, que le reportage de " Lundi investigation " met au jour. Euthanasies massives, mauvais traitements, accords secrets conclus avec des laboratoires pour des expérimentations... Les charges sont lourdes. Jacqueline Faucher, présidente de la SPA de 1987 à 2000, est, elle, mise en examen pour abus de confiance.

Serge Belais, le nouveau président, se défend de toutes ces accusations. Pour lui, depuis son arrivée, le slogan de l’association c’est " euthanasie zéro ". Seuls les vieux animaux, gravement malades ou agressifs, sont tués. D’après des documents internes, les statistiques pour le premier semestre 2004 sont loin de lui donner raison. De nombreux refuges euthanasient à tout-va. Le record étant détenu par la Martinique, avec 85 % d’animaux supprimés. Pour le responsable martiniquais interrogé par téléphone, les choses sont claires : " Euthanasie zéro ? Mais c’est impossible ! Impossible ! On fait en moyenne 7 adoptions pour 70 euthanasies par semaine. Il y a tellement de chiens qui entrent tous les jours ! Le refuge est trop petit ! " Même le protocole d’endormissement des animaux avant l’injection fatale n’est pas respecté, le produit anesthésiant étant trop cher. Manque de moyens, de personnel, refuges trop petits, mal entretenus...

L’équipe de Canal+ est allée visiter plusieurs établissements de province. A Flayosc, à 80 kilomètres au nord de Toulon, un employé, visage caché, témoigne : " Il y a une personne pour 60 chiens, les animaux pataugent dans la merde et n’ont pas d’eau fraîche... " La caméra filme des bêtes, couvertes de tiques, dans un état pitoyable. Au refuge du Garric, près d’Albi, même constat. La promiscuité est telle que les chiens finissent par s’entre-dévorer.

Pour Serge Belais, si l’état de vétusté de certains chenils est indéniable, les rénovations sont en cours ou en passe de l’être, les travaux au refuge du Garric ont, selon lui, commencé en septembre 2004. Faux. Rien n’a bougé dans ce triste lieu. Alors, où passe l’argent ? Sur ses comptes de 2003, la SPA disposait de 60 millions d’euros. Les legs testamentaires, première ressource de l’association, se sont élevés, pour l’année 2004, à 16 millions d’euros. Le patrimoine immobilier est, lui aussi, considérable.

Pour Maryse Bousquet, ex-présidente de la filiale de Toulouse, qui a porté plainte contre la SPA pour détournement de fonds, " tout cela est occulte. La SPA, c’est une grande nébuleuse dont nous ne savons rien "... Pour un membre du conseil d’administration qui témoigne en ombre chinoise, l’argent ne disparaît pas mais " on thésaurise, on met de l’argent de côté pour un an, deux ans, trois ans, et on ne s’occupe pas des animaux. [...] Au conseil d’administration, on ne parle jamais, ô grand jamais, d’animaux... On ne parle que de pouvoir. "

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