Bon à savoir : Les ours des Pyrénées tuent, en moyenne annuelle, de 150 à 200 brebis. Chaque année, victimes de la concurrence des agneaux exotiques traités et congelés dont la grande distribution sature ses frigos, 700 000 brebis invendues finissent à l’équarrissage ! (Source : Marianne n°88)
"L’ours, le loup et le lynx ne sont plus acceptés par leurs opposants que dans des parcs clôturés. Est-ce là l’avenir de la nature sauvage dans notre pays : des plantes en conservatoire et les bêtes à problèmes dans des cages ?" Jean-Claude Génot
L’ours en France
Un renforcement de l’ours brun dans les Pyrénées a été programmé par l’Etat français - en accord avec le Parlement européen - afin d’éviter l’extinction de cette espèce. Sans ce programme de renforcement, seulement 2 ours seraient aujourd’hui encore présents dans les Pyrénées.
L’ours brun des Pyrénées appartient à la lignée occidentale de la population européenne d’Ursus arctos, qui est présente depuis l’Espagne jusqu’au sud de la Suède, en passant par la France, l’Italie, la Slovénie, la Croatie.
Il est important de rappeler qu’il s’agit bien d’un programme de renforcement d’une espèce et non d’une réintroduction ex-nihilo (à partir de rien).
Aujourd’hui, l’ours brun ne subsiste plus en France, que dans les Pyrénées.
Historique :
1900. Les Pyrénées abritaient 150 ours. 1957. Les éleveurs sont indemnisés des dégâts d’ours au bétail. 1962. Interdiction de la chasse à l’ours. 1981. L’espèce Ursus arctos est protégée au titre de l’article L. 411-1 du code de l’environnement par arrêté ministériel du 17 avril 1981 (modifié par l’arrêté du 16 décembre 2004). 1994. Claude est tué par un chasseur. 1995. Il n’y a plus que 4 mâles et 2 femelles dans les Pyrénées occidentales. 1996-1997. Deux femelles et 1 mâle de Slovénie sont introduits dans le massif. 1997. L’une de ces femelles, Melba, est tuée par un chasseur. 2004. Cannelle, la dernière femelle des Pyrénées occidentales, est abattue par un chasseur. Fin 2005. Entre 14 et 18 ours sont présents dans toute la chaîne pyrénéenne.
Voici comment l’Etat français présente son programme de renforcement : "L’Etat est responsable de la conservation de l’espèce ours brun sur son territoire. Afin d’assurer le maintien de cette espèce, il a mis en place le programme de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées dont le pilotage est confié au préfet de la région Midi-Pyrénées, préfet coordonnateur du massif des Pyrénées ".
Sur le site de L’Etat français consacré à l’ours brun : http://www.ours.ecologie.gouv.fr/, on peut télécharger divers documents comme le " Plan de restauration ", etc.
L’ours qui cache la forêt
Voici quelques extraits choisis de l’article "L’ours qui cache la forêt ", écrit par Nicolas Hulot et publié dans Libération, le 12 mai 2006 :
"Il n’existe pas d’espèce qui n’ait sa raison d’être écologique, et dont la disparition n’entraîne à court ou moyen terme un préjudice inestimable.
Dans cet immense combat de l’érosion de la biodiversité, les pays du Sud sont aux premières loges. Comment, dès lors, leur demander dans les commissions internationales de prendre en charge le sort des grands singes, des tigres, des éléphants, etc., tous au bord de l’extinction, dont la préservation est autrement plus complexe que celle de nos ours, si nous, pays du Nord, nous démissionnons de cette problématique ? Quelle légitimité aurons-nous dorénavant pour siéger dans ces instances ? Comment interpréter là-bas notre choix, autrement que comme un signe catastrophique de renoncement ?
L’ours en France est un symbole fort, le dernier rempart du sauvage à l’assaut de nos convoitises matérielles, industrielles, urbaines.
Disons haut et fort que dorénavant, nous ne tolérerons que les animaux de compagnie, d’élevage, de cirque et de zoos. Et que, chez nous, loups, ours, lynx, mais aussi vipères, guêpes (autrement plus dangereuses) et autres perturbateurs de notre quotidien doivent être éliminés et qu’ailleurs baleines, dauphins, rhinocéros ou autres gêneurs des activités humaines doivent également disparaître."
L’ours n’est-il pas un danger pour les brebis ?
Le vrai danger pour les brebis, c’est... le couteau du boucher, et non la mâchoire de l’ours ! Le vrai scandale, c’est que plus de la moitié des troupeaux d’élevage extensif pour la viande, est lâché dans la nature, sans aucun gardiennage ou regroupement. Autrefois, les bergers vivaient en montagne avec leurs troupeaux. Aujourd’hui, ils montent que 2 fois l’an en 4X4, en se contentant de comptabiliser, en fin de saison, le nombre de têtes manquantes.
Le cheptel ovin sur le versant français des Pyrénées compte 573 000 têtes. Dans ces régions, les éleveurs perdent entre 10 000 et 20 000 bêtes chaque année. Les dommages liés aux ours représentent environ 200 bêtes par an (Source : ministère de l’écologie).

L’ours est un omnivore opportuniste : 80% de son alimentation est constitué de végétaux, 20% de cadavres d’animaux. Il est responsable de 1% de pertes de brebis, le reste provient principalement de la perte du bétail.
Le chien de garde Patou, dont le financement est pris en charge par le ministère de l’Ecologie, est une aide précieuse. Arsène, éleveur de brebis ne saurait plus se passer de Solar, son nouveau chien de troupeau. Il raconte une scène truculente : "l’été dernier, en haute montagne, à Siguer-Neych, Solar courait après l’ours qui glissait sur la pente en tentant de lui échapper. Comme, en cas de danger, les brebis tâchent toujours de coller à leur chien, elles le suivaient dans sa chasse. j’ai vu l’ours avec un troupeau de brebis à ses trousses !" (Source : L’ours, le berger et la bergère, Libération 01/06/06).
L’ours n’est-il pas un danger pour les humains ?
C’est risible de voir qu’un animal - responsable de génocides envers sa propre espèce et inventeur de la bombe atomique, entre autres armes de destruction massive - aurait peur... des ours ! Plus sérieusement, en 150 ans, les Pyrénées n’ont connu aucune attaque d’ours contre un humain.
Darha Dolenc, porte-parole du ministère de l’environnement slovène, a déclaré que les habitants de Pyrénées ne devraient pas avoir peur des ours bruns puisque les Slovènes arrivent à vivre avec des centaines d’entre eux dans leur pays. "On les rencontre dans la forêt, ils ne sont pas agressifs et n’attaquent pas les gens, sans raison" (Source : BBC).
Catherine Brunet, éleveuse de brebis, donne le conseil suivant : " Samedi soir en rentrant d’une réunion au village, je savais que l’ourse Boutxy traînait dans les parages. Qu’est-ce que je fais dans ces cas-là ? Et bien, de la voiture jusqu’à la maison, je chante " (Source : L’ours, le berger et la bergère, Libération 01/06/06).
Pourquoi les éleveurs français détestent-ils l’ours ?
Parce qu’il est un bouc émissaire facile : Si l’élevage ovin français est en crise, depuis de nombreuses années, ce n’est certainement pas à cause de l’ours ! Ce type d’élevage ne survit que grâce aux perfusions des États français et européens. Les mêmes accusations sont portées à l’encontre du loup, mais le vrai "prédateur" est la concurrence australienne et néo-zélandaise.
L’ours est surtout une vraie poule aux œufs d’or : L’indemnisation moyenne pour une brebis tuée par un ours est de 280 euros, le prix de vente de la même brebis pour la filière viande tombe à 120 euros. Les éleveurs exercent un ignoble chantage pour que les 10 000 à 20 000 bêtes perdues chaque année soient indemnisées en mettant leur perte sur le dos de l’ours.

Les éleveurs français sont des enfants gâtés qui voudraient empocher encore et toujours plus de subventions pour une activité non rentable et moribonde, et s’ils n’obtiennent pas satisfaction à leur chantage émotionnel/financier (lors de manifs, la mise en scène d’un agneau dans un caddie avec une pancarte "goûter de l’ours"), ils menacent d’exécuter un ours.
Tous les éleveurs ne sont pas des opposants à l’ours des Pyrénées. Il existe une association qui milite pour leur présente, c’est l’Association pour la Cohabitation Pastorale (ACP).
Les 5 nouveaux ours - prévus dans le programme de réintroduction 2006 - ne seraient pas plus en sécurité en Slovénie, au lieu de risquer d’être tués par un éleveur/chasseur français ?
Cette question revient souvent parmi les "amis des animaux". Premièrement : Selon Darha Dolenc, du ministère de l’environnement slovène, le plan chasse 2006 prévoit de tuer 100 ours... moins 5, donc 95 ours slovènes. Les 5 ours choisis, pour renforcer la population plantigrade pyrénéenne, font partie des rescapés ! [1]
Ensuite, si les "amis des animaux" cèdent au chantage d’une poignée de terroristes, quelle image lâche et hypocrite donnent-ils donc au reste de la population ! Bien sûr, c’est toujours plus facile et consensuel de laisser les ours se faire zigouiller dans leur "propre" pays, la Slovénie, personne n’en parlera aux JT français. Et puis, c’est toujours plus facile de baisser les bras plutôt que de s’atteler à sensibiliser et éduquer la population locale des Pyrénées à vivre en harmonie avec l’ours.
Pourquoi ne pas parquer les ours dans une réserve ?
Autre question récurrente parmi les "amis des animaux". Encore une vision très "protectrice" des animaux : Parquer les carnassiers dans des réserves, les mater, les domestiquer pour les rendre aussi docile que l’agneau et prédictible que le broutard.
Il existe bien un Parc National des Pyrénées, mais les animaux sauvages n’ont pas de notion de frontières. De plus, un petit pays comme la Slovénie arrive bien à héberger près de 700 ours - sur un territoire moitié plus petit que celui des Pyrénées - et ceux-ci vivent en liberté et non dans une réserve, alors pourquoi pas nous ?
Et puis, doit-on encore et toujours céder aux revendications d’individus ultra minoritaires que sont les éleveurs/chasseurs ? !
Deux associations de "défense" animale s’opposent au renforcement de l’ours dans les Pyrénées
Ces deux associations sont : Fondation BB (26.04.2006 : "lettre ouverte à Nelly Olin au sujet de la réintroduction d’ours en France"), et One voice (Communiqué de novembre 2005 : "Ours : le choix de One voice").
Globalement, ces deux assos expliquent que c’est trop méchant de "parachuter une pauvre ourse, complètement déboussolée, après avoir subi une anesthésie, une capture, un voyage de 17 heures". Horreur ! c’est aussi ce qui arrive - quasi-quotidiennement - à beaucoup d’éléphants, de rhinos, etc, pour renforcer leur population dans l’un ou l’autre parc africain. Et là, on a jamais entendu madame BB moufter.
Tant qu’à continuer dans la sensiblerie à 3 balles, que dire des phoques qui subissent, chaque année, le ballet des hélicoptères aux célébrités zoophiles qui viennent les étreindre sur la banquise. Apocalypse Now : Le réchauffement climatique est également responsable de la mortalité des phoques, le gasoil de l’hélicoptère de Sir McCartney tue des phoques et pollue la banquise !
Avec One voice, on atteint des sommets dans l’hypocrisie : selon cette association, "sa mission est la défense des animaux en tant qu’individus, et non la préservation des espèces comme patrimoine". Vraiment ? Pourtant, One voice demande régulièrement à ses généreux donateurs/sympathisants de l’argent pour "préserver" l’espèce bonobo, comme "patrimoine" du Congo, et l’orang-outan, comme "patrimoine" de l’Indonésie. Un bonobo rapporterait-il plus d’argent et d’attention - à cette association - parce qu’il vit loin de France et qu’il dérange aucun français, pas même un éleveur d’ovidés ?
Ensuite, on s’interroge sur la pertinence de l’expression "défendre les animaux, en tant qu’individus"... des individus photogéniques quand ils sont bébés et attendriront plus facilement le donateur. Voici le sport favori des 2 fondatrices de ces assos : embrasser à pleine bouche - devant la camera - un bébé gorille ou un bébé phoque. [2] Les autres ne valent-ils donc pas la peine d’être "défendus" ? Pas pour One voice, dont la fondatrice déclare, sans sourciller, qu’il n’y a rien de scandaleux à chasser des kangourous quand ils sont en surpopulation (sic !). [3]
De telles déclarations font, non seulement, froid dans le dos, mais sont révélatrices du niveau de la "protection animale" en France. Pas surprenant que les chasseurs fassent la loi, dans notre pays !
Après les associations de "défense" animale, c’est au tour des anti-chasse
après BB et One Voice , voilà qu’une association qui se prétend être " anti-chasse " utilise le même vocabulaire que les chasseurs pour dénigrer les supporters de l’ours des Pyrénées. Selon le RAC (bulletin n°10 septembre 2006) : "pendant la manif de soutien de l’ours du 3 juin dernier, beaucoup couraient soutenir la ministre Nelly Olin dans son projet de protéger les ourses qu’elle a déportées dans les Pyrénées". (sic !)
Les supporters de l’ours seraient ainsi des fanatiques UMPistes et les ourses, des créatures assimilées à des victimes de la déportation ! ? De tels propos déplacés ne sont que du pain bénit aux chasseurs anti-ours.
En conclusion
La biodiversité ne cesse de diminuer sur Terre. Selon l’Union Mondiale pour la Nature (UICN), 40.000 espèces animales et végétales sont menacées de disparition. Les français sont champions du monde pour donner des leçons de biodiversité à leurs voisins africains et ne sont même pas capable de commencer par appliquer à eux-mêmes leur belle parole.
Des liens sur la question :
L’ours qui cache la forêt, par Nicolas Hulot - Libération Reportage "Alerte aux éléphants" - Sept à l’Huit (07 mai 06) http://www.aves.asso.fr/ http://ours-loup-lynx.info/ http://www.paysdelours.com/ One Voice n’ira pas à Paris. Coup de gueule de la Buvette
Notes :
[1] Source BBC : " Slovenia to send bears to France ". Le coût du trophée est fixé à 7 000 euros pour le chasseur fortuné..
[2] Sur la page d’accueil du site One voice, on y voit une photo de sa fondatrice embrassant un pauv’ti bébé gorille tout mignon.
[3] Émission "ça suffit" du dimanche 30 mars 2003, sur France 3 Paris Ile de France, animée par Karine Le Marchand. Invités : Muriel Arnal (One voice) et Allain Bougrain Dubourg (LPO).
|