Le sexe des femmes n’est pas un produit marchand ! Par Michèle Vianès Association Regards de femmes
Dès son intitulé, l’article " Contre le proxénétisme, mais pas de condamnation morale de la prostitution " paru dans Respublica montre l’ignorance totale de la position de la France et des textes internationaux que nous défendons contre les lobbies proxénètes et pour la fin de cet esclavage, " incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine ".
Les conventions internationales ne jugent pas les prostituées et ne les pénalisent pas. Il aurait suffi de consulter le site de la CATW pour connaître les combats menés depuis le milieu du XIX° siècle, ici et ailleurs.
Mais est-il nécessaire de consulter pour réaliser que la prostitution est une exploitation inadmissible de la pauvreté, de la détresse, de l’ignorance, de la misère, financière ou sexuelle, humaine. Comment ignorer la violence de l’acte sexuel marchand ?
Comment pouvez-vous accepter la marchandisation du corps humain par ceux qui ont les moyens financiers d’acheter un autre être humain pour la satisfaction d’irrépressibles " besoins sexuels " grâce à ceux qui en tirent d’immenses profits ? Comment pouvez-vous être dupe du discours de certaines personnes prostituées qui se répandent dans les médias pour légitimer leur asservissement volontaire, en détournant le droit à disposer de son corps ? On connaît depuis Hegel, la dialectique du maître et de l’esclave, Albert Camus la rappela entre victimes et bourreaux. Condorcet écrivait " Ou tous les individus ont les mêmes droits ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits. ".
Puisque cela semble nécessaire, voici quelques rappels, d’évidence, sur le système prostitutionnel : 1° les prostitué(e)s sont des victimes. En tant que personnes exploitées, dans leur pays ou transplantées, elles ont droit à protection et sécurité. La loi Sarkozy sur le racolage est contraire à tous les engagements internationaux de la France. C’est réintroduire la notion de comportement ou d’attitude de la victime qui pourrait justifier ce qu’elle a subi. Nous ne vous avons pas entendu dans ce combat.
2° Les clients, la demande sont les responsables. L’achat de sexe doit être clairement interdit. L’argument selon lequel il perdurerait de manière camouflée ne tient pas. Ou alors il faudrait revenir sur toutes les lois. L’interdit de tuer figure dans la loi, puisqu’il y a des homicides pourquoi garder la loi ? Plus sérieusement, si l’on est autorisé à acheter des rapports sexuels, cela signifie que toute personne est achetable, à condition d’y mettre le prix. Puisqu’on paye le produit marchand, l’objet sexuel, toutes les exigences doivent être satisfaites : on peut imposer l’absence de préservatifs, l’âge, toutes les violences et toutes les perversités. Quand l’interdit est posé, les violences diminuent, comme en Suède où l’amende pour l’acheteur est indexée à ses revenus ! Les trafics maffieux n’ont plus de profits, donc abandonnent cette exploitation. Faut-il rappeler Victor Schoelcher " Si on ne peut cultiver les Antilles qu’avec des esclaves, il faut renoncer aux Antilles ". ?
3° Le proxénétisme doit être combattu. Les réseaux maffieux proxénètes se transforment en " industriels du sexe " avec des profits énormes (5% du PNB des Pays-Bas). Ils rapportent plus que la drogue et les armes, avec des risques moindres. Grâce à la manipulation financière ou mentale, les dénoncer serait ringard !
La légalisation de l’ouverture des maisons accroît les violences envers les prostitué-e-s, leur insécurité et la prostitution clandestine.
Quant aux megabordels en Allemagne, il y a un paradoxe à refuser de dénoncer l’importation de femmes et jeunes filles pour satisfaire les "irrépressibles besoins sexuels des mâles", alors que vous le faites concernant l’importation de jeunes filles et de femmes pour se marier. Si une femme est importée pour être soumise à l’esclavage de son mari et sa famille, vous considérez, comme nous, que c’est inadmissible, par contre si elle est vendue à l’encan, vous tolérez !
Commentaires en réponse à l’article de Brigitte Bre Bayle Respublica 452 dossier 6.
Par Malka Marcovich Directrice pour l’Europe de la Coalition contre la Traite des Femmes
Madame Bré Bayle de l’UFAL, vous qui fûtes dans le bureau de la Coordination Féministe et Laïque dés sa fondation en 2004, vous prétendez défendre les droits des femmes. Pourtant, vous commencez votre article avec les clichés les plus réactionnaires sur le monde -le monde masculin va sans dire - qui " tournerait " autour du sexe féminin lié au " muscle magique ". Cela aurait pu être de l’humour visant à condamner cette vision archaïque de la sexualité humaine, basée sur l’idée de l’urgence et des besoins irrépressibles de l’appareil sexuel masculin. Il n’en n’est rien.
Il est évident que vous ne savez en rien ce sujet lorsque vous affirmez sans ambages que la question de la prostitution est peu débattue en France. Quelle ignorance ! Depuis le XIXème siècle, époque où la France était la tête de file du système réglementariste, la question de la légalisation et de l’organisation de la prostitution ou au contraire de sa condamnation n’a jamais cessé. Depuis la fermeture des maisons closes en 1946, il n’y eut pas une seule législature où la réouverture n’a pas été reposée. Enfin, les débats au niveau international sont repris en France systématiquement comme un disque rayé.
Si vous vous étiez penché un tant soit peu sur le dossier, vous auriez lu tous les rapports de ces dernières années en la matière, notamment le dernier de la Rapporteure Spéciale de l’ONU sur la traite qui démontre, au contraire, que la légalisation de la prostitution - ce qui en réalité n’est que la légalisation de certaines formes de proxénétisme- favorisent la traite des femmes. Lorsque les proxénètes deviennent légaux et sont transformés en respectables entrepreneurs, la criminalité et les franges illégales du business n’en sont que renforcées.
Vous parlez du respect envers les personnes qui font le choix des " métiers du sexe ". Celles et ceux qui luttent contre le système proxénète mondial n’ont jamais manqué de respect envers les femmes en situation de prostitution. Les centaines de femmes que nous rencontrons dans le monde parlent du dégoût d’avoir à subir des actes sexuels en absence de désir... Mais cela, vous qui vous prétendez féministe, vous n’en avez que faire. Et que pensez vous du fait que la majorité des femmes dans l’industrie du sexe allemande ou néerlandaise sont étrangères et que seulement 8% à 10% d’entre elles acceptent d’être enregistrées ?
Vous véhiculez des expressions désuètes, audibles d’ordinaire au café du commerce comme le " plus vieux métier du monde ", ou " incitation à la débauche ". Après tout rien d’étonnant quand on voit le peu de connaissance que vous avez du sujet.
Enfin ! En lisant l’article où les clichés se succèdent sans vergogne, à la recherche du vrai titre de la campagne que nous avons lancé le 25 janvier dernier, j’arrive enfin au titre de la pétition " acheter du sexe n’est pas un sport " . Faux espoir, vous ne mettez nullement en exergue la nécessité de rendre visible la demande et le fait qu’au XXI ème siècle, on considère que l’on doive organiser le repos des supporters guerriers, comme au bon vieux temps.
Vous nous resservez la sempiternelle rengaine qui opposerait la prostitution des riches à celles des pauvres. Excellent ! Vous pensez donc qu’il faut l’égalité des abus. Il est donc légitime que des femmes soient amenées dans les mines d’Amazonie pour les ouvriers exploités ou dans les campements de l’oléoduc en construction le long de la frontière Turko Georgienne. Sachez pourtant - mais il s’agit ici de bon sens- que se faire pénétrer, effectuer des fellations, être humiliée et insultée par des hommes que l’on ne désir pas n’est guère différent d’une classe sociale à l’autre, hormis le fait de pouvoir se laver ensuite ou d’avoir à disposition du gel lubrifiant pour supporter l’acte sexuel prostitutionnel à répétition.
Depuis 2000, date à laquelle la communauté internationale a pour la première fois mis en exergue la responsabilité de la demande dans le protocole de l’ONU sur la traite des personnes dit " de Palerme ", chaque année de nouveaux règlements nationaux, régionaux et internationaux vont dans ce sens.
La Coalition Internationale contre la Traite des Femmes présente dans toutes les régions du monde est une association féministe qui vient en aide aux femmes les plus vulnérables et considère que la première égalité sexuelle est le droit au désir bilatéral. Nous taxer de moralisme est à tout le moins ridicule.
Décidément, c’est vous Madame Bré Bayle qui colportez une vision réactionnaire et moralisante de la sexualité. Vous discréditez l’UFAL dont de nombreuses branches ont signé la pétition. Et sans analyse, vous utilisez exactement les arguments qui ont eu court sur la liberté des femmes à être voilées.
Pour notre part, nous affirmons que la liberté des femmes n’est pas derrière un voile, ni non plus jambes ouvertes derrière une vitrine.
6. DOSSIER FOOTBALL ET PROSTITUTION
6.1 Contre le proxénitisme, mais pas de condamnation morale de la prostitution, par Brigitte Bré Bayle
"Qu’est ce qui fait tourner le monde ?" se demandait Sylvie Vartan dans ses jeunes années. "C’est le muscle magique" déclarent aujourd’hui les chanteurs du groupe FFF. Et les organisateurs de la Coupe du Monde de Football l’ont bien compris. "Le muscle magique" fera aussi tourner le monde des sportifs dans le "prêt à consommer" du sexe market qu’ils ont construit sur un espace de 3000m2.
Car en mettant en place, non loin du stade, un complexe spécialement conçu pour le commerce sexuel pouvant accueillir 650 clients avec parking, cabines de passe et prestations annexes (capotes, douches...) les Allemands ont inventé le premier hyper marché de la prostitution. Il faut dire que l’Allemagne fait partie de ces pays, avec la Hollande et le Danemark, qui ont choisi de légaliser l’industrie du sexe. En installant ce méga bordel organisé, les Allemands ne font que mettre en application une politique qui vise à légiférer et à (mieux) contrôler le marché de la prostitution.
C’est un choix bien sûr discutable au regard de la défense des droits des femmes mais ce choix politique renvoie à des questions trop peu débattues en France, celle, entre autre de l’éradication des filières mafieuses de la prostitution et celle, plus générale, de la traite des êtres humains. On ne peut aborder ces problèmes sans dépasser le simple fait d’être pour ou contre la prostitution. On se doit de prendre en compte la réalité des métiers du sexe en respectant les personnes qui font le choix de vendre du plaisir en utilisant leur corps. Exercer le plus vieux métier du monde serait-il à ce point condamnable sans le fléau de l’esclavage sexuel ?
La pétition qui circule contre le "big bordel" de la Coupe du Monde de Foot explique à juste titre que le fléau de l’exploitation du sexe ne sera pas éradiqué par cette entreprise. Mais, même si on peut y voir une incitation à la débauche, rien ne permet d’affirmer que c’est un encouragement au développement du trafic sexuel mafieux et inhumain. S’il est de bon ton de protester contre le "big bordel" organisé pour la coupe du monde parce qu’il s’agit de combattre l’esclavage sexuel, parce qu’il s’agit de défendre tous ceux et toutes celles qui sont les instruments de la marchandisation du sexe, tous ceux et toutes celles qui sont exploités dans leurs chairs et détruits psychologiquement, alors il faut formuler les choses plus clairement et dénoncer l’absence de mesures efficaces des gouvernements pour faire face au fléau de l’esclavage sexuel qui détruit des vies et exploite la misère.
L’industrie du sexe qui se développe avec la mondialisation donne à voir de terribles atteintes aux droits humains perpétrés par les réseaux mafieux de trafic de femmes, d’hommes et d’enfants et par la prolifération de bordels clandestins insalubres et glauques. Le vrai problème est là et il ne sert à rien de mener le combat contre ces ignominies en s’opposant à la prostitution avec des prises de positions sans nuances et des arguments puisées dans le répertoire du politiquement correct.
Il est dit, dans la pétition intitulée "acheter du sexe n’est pas un sport", que " les hommes d’honneur n’achètent pas du sexe car ils respectent la dignité et l’intégrité de l’être humain"...Cette affirmation, messieurs, devrait vous interpeler car il semblerait qu’il y ait plus d’ hommes respectables dans le milieu sportif que dans le reste de la population masculine...C’est un avertissement à tous les supporters et sportifs amateurs : si vous voulez être considérés comme des "hommes d’honneur" comportez vous comme vos héros, eux ne vont jamais chez les putes ! C’est oublier un peu vite qu’il y a une prostitution de riches, réservée aux élites, et une prostitution de pauvres.
C’est prétendre qu’il n’y a que les grossiers personnages qui fréquentent les bordels et c’est oublier que les prostituées sont aussi des femmes respectables, qui ont le droit de se battre pour leurs droits. La prostitution est un sujet bien trop vaste et complexe pour en rester à des discours moralisateurs et à des raccourcis simplistes.
Je ne signerai donc pas la pétition contre le big bordel de la Coupe du Monde.
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