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Comment les "protecteurs des animaux" cautionnent l’objetisation de la femme, sous prétexte de dénoncer l’objetisation des animaux

(en cours de rédaction, mise en ligne de la totalité de l’article : très bientôt, merci de votre patience)

"On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie que par des miradors" Alexandre Soljenitsyne

Depuis quelques mois, un véritable lobbying est orchestré par une poignée de "protecteurs des animaux" pour qu’une starlette de films pornos (inconnue du grand public, à l’exception des amateurs du genre), devienne la nouvelle égérie de la protection animale. Flirter avec une industrie, en connexion avec des réseaux criminels et qui fait du commerce sur la chair de femmes et d’enfants, ne semble pas déranger ces "amis des animaux". Pathétique "protection animale française" qui tombe dans la spirale de la surenchère du racolage médiatique, initiée par l’oncle d’Amérique PETA, association connue pour faire du buzz avec de la playmate dénudée. Et comment ces "protecteurs des animaux français" s’y prennent-ils pour mieux faire avaler la pilule ? En magnifiant l’industrie de la pornographie et en présentant les actrices du X comme ayant un rôle "social" et "culturel".

En nous appuyant sur deux récents articles parus dans Charlie Hebdo et Libération, nous soulignerons comment les "protecteurs des animaux" utilisent les mêmes arguments que ceux qui oppriment les animaux, pour justifier l’objetisation de la femme.

L’article de Charlie Hebdo

Luce Lapin est connue par les lecteurs de Charlie Hebdo pour écrire des " puces " contre la corrida, le foie gras et la fourrure, trois thèmes régulièrement fustigés par la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, depuis les débuts de la création du journal.

Dans le Charlie Hebdo du 11 juillet 2007, ce n’est pas Luce Lapin, une journaliste dont le rôle est censé relater des faits, mais la Luce Lapin, porte-parole de l’association anti-corrida CRAC, qui se sert du journal qui la salarie, pour faire l’apologie de la pornographie à travers la nouvelle "célébrité", venue soutenir le combat anti-tauromachique de l’association CRAC. Voici le billet de Luce Lapin :

" Cher Tonio Fischetti, je te connais, tu vas être déçu : c’est une image... Ce que je veux dire par là, c’est que l’association fait preuve de courage en ne craignant pas de choquer les " bien-pensants ". L’ordre moral est toujours hypocrite... Explication : mardi 14 août (c’est un peu loin, je vous le rappellerai) à 10 heures aura lieu pour la première fois une manifestation abolitionniste à Dax, organisée par le Comité radicalement anticorrida (tél. : 06 75 90 11 93, site : http://www.anticorrida.com , adhésion : 12 euros par an, soit 1 euro par mois seulement). Rendez-vous (nombreux !) devant les arènes (haut noir souhaité) avec... Zara Whites, ex-star du porno - nous y voilà ! -, qui a depuis longtemps " tourné la page ". Et quand bien même ? Ce n’est pas une honte d’avoir été (ou d’être) actrice, quel que soit le genre des films... Personne ne forçant personne. Les aficionados s’en donnent évidemment à cœur joie pour les critiques (en passant, merci pour la pub faite au CRAC, qui inonde le Net, une aubaine !) et, shocking, tremblent pour nos chères têtes blondes. Ils ne font pas autant de manières et n’ont pas autant de scrupules quand ils inscrivent des jeunes de dix ans dans des écoles taurines - où, je le rappelle, on ne leur apprend pas les fables de La Fontaine, mais à " s’exercer " sur des veaux et des génisses à l’arme blanche... Par ailleurs, chacun est libre de son corps (euh... à part les taureaux ! Et les animaux en général), et les films X, eux, sont interdits aux moins de dix-huit ans. On réclame la même interdiction pour l’entrée aux arènes, libres d’accès aux enfants, qu’ils aient six mois, quatre ans, huit ans, douze ans, quatorze ans, etc. Et cette demande n’a rien de porno... "

-  Pour Luce Lapin, ceux qui luttent contre la pornographie sont qualifiés de "bien-pensants", puisque, selon elle, "l’ordre moral est toujours hypocrite", et de conclure par une réclamation de l’interdiction des corridas aux mineurs.

D’abord, les discours humanistes de l’anticorrida Albert Jacquard peuvent être également interprétés comme "bien-pensants" et "moralisateurs", par n’importe quel individu sympathisant de la tauromachie. Les "bien-pensants moralisateurs" sont toujours ceux du camp opposé, et le serpent se mord la queue avec de tels arguments à quatre sous. Le comble de "l’ordre moral hypocrite", c’est surtout de réclamer d’interdire aux moins de 18 ans l’entrée aux arènes, en se basant sur l’interdiction similaire pour les films X, comme si les individus attendaient patiemment et sagement le jour de leur 18ème année pour commencer à visionner du porno ! Selon une enquête du CSA, 80 % des garçons entre 14 et 18 ans et 45 % des filles du même âge déclarent avoir vu au moins une fois un film X durant l’année passée. 34 % des garçons (contre 6 % des filles) déclarent même avoir vu des images X à la TV, en vidéo et sur internet (Source : CSA " Les effets de la pornographie chez les adolescents ", La Lettre du CSA n° 178 - Novembre 2004).

-  Luce lapin affirme que "Zara Whites, ex-star du porno, a depuis longtemps tourné la page".

Qu’entend-on par "tourner la page" ? Zara Whites n’est plus actrice du X, forcément, elle a 40 piges et la "carrière" d’une actrice du X débute "officiellement" à 18 ans (officieusement souvent beaucoup plus jeune) et ne dépasse généralement pas 23 ans ; les consommateurs étant en demande constante de chairs toujours plus "fraîches". Mais Zara Whites continue d’utiliser son "nom de scène", pour faire l’apologie de cette merveilleuse industrie qu’est la pornographie, à travers la présentation d’une émission TV diffusée sur XXL (la moitié des films pornographiques diffusés à la télévision française le sont sur cette chaîne).

-  Luce Lapin écrit " Ce n’est pas une honte d’avoir été (ou d’être) actrice, quel que soit le genre des films... Personne ne forçant personne ".

Un abolitionniste de la pornographie ne considère pas que cela soit une " honte " d’être actrice du X. Les filles, qui tournent dans des films pornographiques, sont les produits d’une société patriarcale qui considère que le sexe de la femme doit servir d’exutoire à la violence masculine. L’industrie de la pornographie n’existerait pas si nous vivions dans une société égalitariste hommes/femmes. Ce qui est scandaleux dans les propos de Luce Lapin, c’est qu’ils banalisent l’industrie de la pornographie en faisant un amalgame actrice du X et actrice ... " quel que soit le genre " ( ? ? ! ! ). Mesdames les " actrices ", apprenez que tourner pour un film de X ou un film de Disney, c’est la même chose !

Puisque être actrice du X est un "job" si "banal" et qu’il permet de gagner plus de fric que caissière de supermarché, devenir "célèbre" et être invitée sur des plateaux de téloche, pourquoi l’ANPE ne demande-t-elle pas à toutes les comédiennes, qui vivotent comme intermittentes du spectacle, de tourner dans des films pornos ? Il y a des filles sans qualification qui galérent dans leur cité-dortoir et qui rêvent de "gloire et célébrité" , proposons-leur de faire du porno ! Puisque le porno est un genre "comme un autre", il peut être aussi vu comme une autre façon d’insérer des gamines sans avenir... Cette façon de pensée est très similaire à celle des pro-corridas qui mettent en avant la "réussite" des quelques gamins maghrébins issus de cités-dortoirs et qui " s’en sortent " grâce au job, tout à fait "banal" de toréador.

Et Luce Lapin d’en rajouter une couche dans sa complaisance envers la pornographie en assénant le fameux " personne ne forçant personne " (sic !). Sauf que c’est l’argument favori des violeurs, proxénètes, pédophiles, zoophiles.... et d’à peu près tous les oppresseurs. Puisque Luce Lapin est contre le foie gras, elle devrait savoir que c’est aussi l’argument des gaveurs de palmipèdes : " on ne force pas l’animal, le processus est naturel, même qu’ils en redemandent ". La plupart des Français approuvent le discours des fabricants de foie gras, parce que les médias (TV, articles journaux) ont pris l’habitude de leur montrer ce que l’industrie veut bien qu’ils voient, à moins qu’ils soient déjà des amateurs irréductibles de ce produit culinaire.

Et qui prétend que l’industrie de la pornographie, "ne force personne" ? Les ignorants, les consommateurs et ceux qui s’en font du fric, tiens comme pour l’industrie du foie gras ! Lorsque le film "Gorge profonde " (Deep Throat) est sorti en 1972, il a été célébré comme le symbole de la libération sexuelle de la femme. Une dizaine d’année plus tard l’actrice, "Linda Lovelace", publie une autobiographie : "Elle y narre l’histoire du film et celle de son rapport avec son ancien mari et souteneur, Jack Traynor. Ce récit n’est pas une apologie de la liberté sexuelle, du sexe gratuit et du porno chic, mais celui de l’humiliation, de l’esclavage et de l’abus sexuel. Loin d’être consentante, Lovelace est la victime d’un mari proxénète brutal, qui, après l’avoir droguée et prostituée, la place devant les caméras sous la menace d’une arme à feu et la frappe sans la moindre hésitation. Afin de réussir les fellations du film sans s’étouffer, elle a dû subir un entraînement pour apprendre à avaler entièrement un pénis. Pendant les mois qui ont suivi, de nombreuses femmes ont été hospitalisées aux États-Unis, victimes de viols de la ’gorge’ du fait que leurs petits amis ont tenté de leur faire réitérer à la maison l’exploit de Lovelace, dans un état second et sous la menace. Deep Throat a été tourné en 6 jours en Floride et a coûté 22000 dollars américains à réaliser. Il a rapporté à ses producteurs 600 millions de dollars, dont 100 millions en argent comptant. Linda Lovelace est vite devenue la première superstar du show-biz pornographique, le symbole sexuel de la femme ’libérée’. En fait, c’est un viol à répétition qui a permis à la pornographie de sortir de son ghetto. et son souteneur de mari ne lui a jamais versé un seul dollar pour ses ’prestations’." (Source : Extrait de La Mondialisation des industries du sexe. Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, éditions Interligne, 2004, p. 194-95, par Richard Poulin, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa.)

"Personne ne force personne" ? On n’aimerait que Luce Lapin prenne également la peine de lire une enquête sur l’utilisation de filles africaines dans la pornographie et ceci se déroule en France : " Les nouvelles formes de pornographie africaine ". On y parle de zoophilie, scatologie, femmes enceintes, tous les phantasmes masculins les plus trash y passent. Et puis "personne ne force personne" ? C’est aussi l’argument utilisé par les aficionados : "vous n’aimez pas la tauromachie ? C’est votre droit, personne ne vous force à aller dans une arène, pendant une corrida".

-  Luce Lapin écrit : "en passant, merci pour la pub faite au CRAC, qui inonde le Net, une aubaine !"

Faire parler du CRAC, avec de la starlette du X sulfureuse ? Et les animaux ? Et la tauromachie ? Que va-t-on retenir de cette merveilleuse initiative du CRAC, pour faire parler de lui ? L’industrie de la pornographie ? " Bah, les femmes, on ne les force pas ", même que le " job " d’actrice du porno, c’est un job " comme un autre ". Il existe une expression dans le domaine du marketing qui dit que "toute mauvaise pub est de la pub". Le CRAC est prêt à distiller des messages très perturbant sur une banalisation de l’industrie de la pornographie, juste pour se faire sa " pub ". Non seulement la cause animale ne s’en sort pas grandie, mais la condition de la Femme vient de faire un bond en arrière, grâce à la "pub" du CRAC.

-  Luce Lapin écrit : "où, je le rappelle, on ne leur apprend pas les fables de La Fontaine, mais à " s’exercer " sur des veaux et des génisses à l’arme blanche... Par ailleurs, chacun est libre de son corps".

On aimerait également " rappeler " à Luce Lapin que l’industrie de la pornographie n’est pas un monde de Bisounours. La plupart des productions pornographiques sont issues de réseaux criminels où les filles sont matées par des macs, droguées et violées à répétition pour mieux briser leur esprit. Par ailleurs, tout le monde n’a pas le privilège d’être "libre de son corps". L’esclavage moderne, ça existe, même si le phénomène est superbement ignoré par la plupart des occidentaux. Les femmes ne seront jamais "libres de leur corps", tant que l’on vivra dans une société dominée par les hommes et que certains, comme Luce Lapin du CRAC, continueront à faire l’apologie du commerce sur le sexe des femmes.

Si l’industrie de la pornographie existe, c’est d’abord une question de profit et de gros sous, la même raison est avancée pour la tauromachie : tant que cela rapporte du fric, il faut continuer à faire fonctionner le tiroir-caisse. La dignité de l’animal est bafouée, selon les protecteurs des animaux, et que dire des images dévalorisantes et dégradantes de la femme (allant jusqu’aux violences les plus extrêmes) dans les films pornos ?

Les aficionados répètent souvent que la place du taureau de combat est à envier parce qu’il a son heure de gloire, au lieu de mourir anonymement dans un abattoir. Notre société d’ultra consommation sans conscience glorifie la starlette du X et elle a même droit à son "heure de gloire", quand elle est invitée sur des plateaux TV. Les aficionados clament que la tauromachie permet un exutoire à la violence masculine. C’est exactement le même argument pour justifier la pornographie et la prostitution. En réalité, à chaque feria, on déplore des viols et parallèlement des études sur le témoignage de femmes violées montrent que leur bourreau imposait des actes vus dans des films X (d’après une enquête de Bergen et de Bogle faite en 2000, trente-deux femmes violées sur cent qui ont été enregistrées par la police ont déclaré avoir été contraintes par leurs violeurs à prendre des positions inspirées de films pornographiques).

Dans l’une de ses dernières "puces", Luce Lapin cite Victor Hugo, comme célèbre abolitionniste de la corrida. Rappelons à Luce Lapin que Victor Hugo était également un abolitionniste de la prostitution. Il était fermement opposé au commerce sur le sexe des femmes et fut un défenseur et précurseur de l’émancipation de la Femme.

L’article de Libération

La suite très bientôt, merci de votre patience !

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